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Commémoration de l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage
Déclaration de Madeleine de Grandmaison :
23 octobre 2008
La déclaration, qui sera soumise à l’ensemble des députés européens, vise à faire reconnaître par le Conseil la traite négrière et l’esclavage comme « crime contre l’humanité » et à établir le 2 décembre - date de l’ONU - comme « journée européenne de commémoration de l’esclavage ».
La représentation permanente du Parlement européen à Paris était le siège hier après-midi d’une conférence de presse de Madeleine de Grandmaison, députée issue de “Alliance pour l’Outre-Mer” au Parlement de Strasbourg.
Une trentaine de journalistes internationaux s’y est pressée, dont une grande partie - environ la moitié - était originaire de pays d’Afrique, a-t-on appris hier auprès du secrétariat parlementaire.
Madeleine de Grandmaison était entouré de Patrick Karam, délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’outre-mer et d’une fonctionnaire internationale de l’Unesco et des Nations-Unies, en charge notamment de la préparation de “l’année Césaire” que l’Unesco vient d’instaurer pour 2013.
Le délégué interministériel, Patrick Karam a salué dans cette initiative la continuité de l’action conduite à partir de propositions de loi et de l’adoption de la loi Taubira du 10 mai 2001 qui a été à l’origine, en France, de la journée du souvenir de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.
La déclaration, qui sera soumise à l’ensemble des députés européens, vise à faire reconnaître par le Conseil la traite négrière et l’esclavage comme « crime contre l’humanité » et à établir le 2 décembre - date de l’ONU - comme « journée européenne de commémoration de l’esclavage ».
La députée a inscrit sa proposition dans la suite des actions déjà menées pour la prise en compte de cette histoire - la loi Taubira, le Comité pour la Mémoire, la marche du 23 mai - et a remercié tous ceux et celles qui l’ont soutenue dans son initiative : Christiane Taubira et Françoise Vergès, la réalisatrice Euzhan Palcy, Serge Letchimy, maire de Fort de France et bien sûr Paul Vergès, président de la Région Réunion et ancien député au parlement européen.
Avant de préciser le contenu de son initiative, Madeleine de Grandmaison a tenu à définir sa déclaration « par ce qu’elle n’est pas : ni invitation à la repentance, ni acte d’accusation, ni demande de réparation, ni expression d’un ressentiment et encore moins une volonté du politique de figer ou de codifier l’histoire ». Elle a en revanche souligné l’importance du devoir de mémoire et la nécessité « d’approfondir la connaissance et la recherche sur cette période de cinq siècles d’histoire ».
L’histoire de l’esclavage et de la traite négrière est en effet « largement un phénomène européen » puisque la traite transatlantique a déporté 11 millions de captifs et que ce commerce a impliqué le Portugal (5 millions), la Grande Bretagne (3,1 millions), la France (1,5 millions) , la Hollande (5%) et l’Espagne (4,7%).
Les conséquences de ce phénomène ont été mondiales et on a du reste évoqué à son sujet une « première mondialisation », qui a bouleversé pendant des siècles la vie de plusieurs continents. « La suprématie commerciale des Etats-Unis et de l’Europe reste aujourd’hui assise sur ces fondations » et inversement « le Sud paie toujours un lourd tribut et porte encore les stigmates de ce phénomène ».
La députée a noté également que « l’histoire ne s’arrête pas » et que « de l’ombre a émergé la lumière » - et l’Europe des Lumières, celle de l’humanisme et des valeurs universelles - qui a guidé les abolitions.
Ces valeurs se retrouvent au cœur de la Charte des droits fondamentaux et ont porté la construction européenne après la victoire sur la barbarie nazie.
Evoquant la résolution adoptée récemment par le Parlement européen « pour la commémoration des crimes commis par le nazisme et le stalinisme » et malgré le fait que la mise sur le même plan de ces deux phénomènes soit « contestable », la députée a souligné la convergence de décisions allant dans le sens du souvenir, « pour que cela ne se répète plus ».
Il n’y a aucune raison - a-t-elle souligné - pour que le parlement européen n’ait pas la même reconnaissance du phénomène de la traite et de l’esclavage. « Dans tous les cas - a ajouté Madeleine de Grandmaison - le sort qui sera réservé à cette déclaration sera très instructif et riche d’enseignement ».
Pour entraîner dans une décision positive les parlementaires de pays qui pourraient s’estimer étrangers à cette histoire, la députée a mis en avant l’importance, pour la cohésion européenne, de faire droit aux nombreux descendants d’esclaves, en quête d’une reconnaissance. L’année 2008 ayant été décrétée pour l’Europe année du “dialogue des cultures”, une telle Déclaration, si elle est adoptée « ne peut que favoriser le dialogue avec les pays du Sud, en particulier avec l’Afrique » a conclu la députée.
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