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Mobilité
6 août 2007, par

Le Québec séduit les jeunes Réunionnais. Depuis la mise en oeuvre du partenariat avec la Région Réunion, 450 étudiants y préparent un diplôme de niveau bac+2. Cette année, ce sont 250 étudiants de plus qui vont rejoindre les Collèges d’Enseignement Général et Professionnel (CEGEP). Le nombre s’accroît d’année en année. En 2003, ils n’étaient que 16 à tenter l’aventure.
Le hall de l’Hôtel de Région a eu du mal à les accueillir. Certes, ils n’étaient pas tous présents mais accompagnés de parents ou d’amis, ça faisait beaucoup de monde. 250 jeunes Réunionnais partent dès cette semaine au Québec, ils ont choisi de se former dans ce que les Canadiens appellent les CEGEP, Collège d’Enseignement Général Et Professionnel. Comme chaque année, la Région se fait un plaisir de recevoir ces jeunes, car pour la collectivité, ce partenariat avec le Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles est une véritable opportunité, qui rencontre un succès grandissant. En 2003, seulement 16 étudiants avaient choisi d’y aller ; cette année, ils sont 250. En quatre ans, ce sont environ 700 étudiants réunionnais qui préparent un diplôme sur trois années dans les CEGEP, sans compter les jeunes des universités doctorales, ce qui ramène la petite communauté réunionnaise à 1.000 personnes. D’ailleurs, il y a quelques mois, « le premier bébé réunionnais est né au Québec », précise Wilfrid Bertile, Vice-président régional chargé de la mobilité. Façon de dire que des Réunionnais décident de prolonger leur séjour au Québec et même de s’y installer. « Dans les 10 ans à venir, le Canada devra pourvoir 600.000 offres d’emploi », souligne Paul Vergès.
Garantir à ces jeunes la certitude d’avoir un métier
Mais le Président rappelle que l’objectif premier de ce partenariat avec le Québec n’est pas de fournir de la main d’oeuvre à ce pays. Pour lui, il ne faut pas généraliser l’insertion. « Les uns et les autres vous aurez à choisir, et d’autant plus que vous aurez un métier. Nous souhaitons que le plus nombre d’entre vous reviennent, mais nous savons que beaucoup y resterons, ce qui n’est pas non plus une mauvaise chose », a t-il déclaré aux étudiants. Ce partenariat avec le Québec est une volonté d’assurer à ces jeunes « une certitude d’avoir un métier, un avenir ». Pour la Région, elles relève d’une politique générale essentielles pour la Réunion, celle d’une ouverture au monde. C’est pourquoi en février dernier, la Région a renouvelé ce partenariat à Montréal, après une rencontre avec les étudiants sur place. Avec la France pour première étape, l’Union Européenne, et maintenant le Québec, c’est vers la Chine et l’Inde que la Région veut se tourner pour offrir d’autres perspectives aux jeunes Réunionnais.
Un financement assuré
Sur place, les étudiants doivent bénéficier des meilleures conditions pour réussir. La Région et l’ANT apportent leur soutien en attribuant à chaque jeune une prime d’installation de 762 euros ainsi qu’une bourse de 700 euros pendant les trois années d’études. Pour Annick Le Toullec, Vice-présidente régionale déléguée à l’insertion, c’est une somme suffisante pour subvenir aux besoins des étudiants. « 700 euros équivaut à 100 dollars canadiens. Les étudiants québécois doivent débourser 600 dollars rien que pour les frais pédagogiques. Ce qui n’est pas le cas des Réunionnais, puisque le Québec les prend en charge. De plus, les étudiants réunionnais ont maintenant le droit de travailler en dehors du campus », précise t-elle. Pour les billets d’avion, le trajet Réunion-Paris est totalement payé par l’ANT, et le trajet Paris-Québec est financé à moitié.
De la construction navale aux soins infirmiers
Au total, l’accompagnement des étudiants s’élève à 53.000 euros, dont 25.000 euros assumés par le Québec qui prend en charge les coûts pédagogiques et les frais de structures. L’étudiant ne doit débourser que 300 euros pour le billet aller et retour Paris-Québec. Un agent de la direction de l’Education et de la Mobilité de la Région installé au Québec accueille les étudiants à leur arrivée à l’aéroport et les suit dans leur scolarité et leur vie.
Parmi les 36 filières proposées dans les CEGEP, les Réunionnais ont choisi la maintenance industrielle, les soins infirmiers, les techniques du multimédia, ou encore l’informatique et la construction navale. A l’issue du cursus, avec le Diplôme d’Etudes Collégiales Techniques (niveau BTS, DUT), les jeunes ont la possibilité de demander un permis de travail d’une durée de 3 ans au Québec. Cette année, 14 étudiants de la promotion 2004 ont achevé leur formation. 10 ont décidé de rester au Québec, 4 sont revenus à La Réunion avec des projets d’insertion locale.
Edith Poulbassia
Témoignages
• Ludovic, 23 ans
Revenir à La Réunion dans une dizaine d’année
Ludovic va commencer une formation d’éducateur de jeunes enfants au Collège La Flèche à Trois-Rivières. Il ne part pas seul, mais accompagné de son amie, qui a un niveau d’études... bac+6. « Ici, elle ne trouve pas d’emploi à son niveau, ou alors ce sont des postes sous payés. Pourtant, dans le domaine qui la concerne, le tourisme, il paraît qu’il y a de l’avenir dans ce secteur », raconte Ludovic qui parle tout simplement de « fuite des cerveaux ». Il va donc s’installer en couple au Québec, dans un appartement qu’il n’a pas eu de mal à obtenir. « Pour 400 euros, nous avons un appartement avec deux chambres. Nous l’avons trouvé grâce à internet », précise t-il.
Avec un bac STT, Ludovic a passé pendant quatre ans des concours d’aide-soignant, d’infirmier, d’éducateur... sans succès. A l’IRTS, les places sont chères. Il a tenté de travailler, cumulé les emplois précaires, en intérim dans le bâtiment. « Pour ceux qui veulent vraiment bosser, il n’y a que le travail précaire. En restant chez mes parents, je peux m’assumer de cette façon, mais comment construire une vie ? », interroge-t-il. Il a donc profité « d’être aux Assedic » pour chercher une formation sérieuse. « Je veux être éducateur pour commencer ma vie. Mais je sais être polyvalent et j’en suis fier. Cela me permettra peut-être de revenir, dans une dizaine d’année à La Réunion, pour par exemple ouvrir un gîte ou un restaurant à mon compte », espère le jeune homme. Départ pour le Québec ce mercredi.
• Élodie, 20 ans et sa maman
Une formation qui lui correspond
Élodie est venue accompagnée de sa maman, plutôt fière d’avoir une fille aussi déterminée. Elle intègre l’Institut Technique Agroalimentaire de la Pocatière. « Il n’y a pas de formation qui me correspond ici. Je veux voir plus loin, je ne veux pas rester chez papa maman. Je sais que c’est dur pour eux, je suis la première qui part. C’est dur aussi pour moi, j’ai des petits frères et soeurs que je ne verrai pas grandir, mais bon c’est comme ça », dit Élodie. Avec un bac STL, Élodie n’avait le choix qu’entre des études d’analyse biologique en IUT ou à la faculté. Au Québec, elle va apprendre la transformation des aliments, ce qui lui permettra de travailler dans des laboratoires pour l’industrie agroalimentaire. Elle envisage de travailler un ou deux ans au Québec avant de revenir.
• Kareem, 18 ans
Obtenir un diplôme en gestion de commerce
Kareem voulait partir au Québec depuis un moment, mais il n’était pas encore majeur. Alors, après un BEP transaction marchande, il poursuit avec un bac pro. « Ca ne me plaisait pas, alors j’ai arrêté, dès que j’ai su que le CEGEP de Jonquière avait retenu ma candidature pour une formation en gestion de commerce », raconte-t-il. Kareem est donc prêt pour le fameux jour, vendredi il s’envole pour le Québec. Sa mère l’a d’ailleurs encouragé dans sa démarche. Elle aussi a profité de la mobilité quand elle était étudiante. « Elle s’est formée en métropole à l’époque pour travailler dans le social. Elle est aujourd’hui directrice du service AEMO (Aide Education en Milieu Ouvert) », souligne Kareem. Le jeune Réunionnais ne se pose pas trop de question pour le moment. Ce qui compte pour lui, c’est d’abord d’obtenir le diplôme au CEGEP. « Ensuite, on verra si je reviens à La Réunion », dit-il.
• Pauline, 18 ans et Matthieu, 19 ans
Education et informatique
Un bac comptabilité-gestion pour Matthieu, un bac littéraire pour Pauline. Les deux étudiants ont fait connaissance lors des journées de rencontre sur le Québec, en début d’année. Ils partent mercredi pour une formation d’éducateur de jeunes enfants et d’informatique dans le CEGEP de Rivière du Loup. « Des copains sont parti l’année dernière, explique Matthieu, ils m’ont raconté et ça m’a donné envie d’y aller aussi. Et puis c’est bien de voyager un peu quand on est jeune ». Les parents sont d’ailleurs là pour encourager Pauline et Matthieu. Avec leur jeune âge, leurs projets ne sont pas encore bien définis. « Je pars pour une formation, je ne sais pas si je vais rester là-bas, ou pourquoi pas découvrir d’autres pays, ça dépendra de l’environnement », estime Pauline.
EP
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