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Hommage à sept martyrs réunionnais (1949-1978) - 2/7 -
7 février 2009

Dans le cadre de la célébration du cinquantenaire du Parti Communiste Réunionnais, nous avons commencé samedi dernier la publication des extraits d’un ouvrage d’Eugène Rousse à paraître prochainement sur les 7 Réunionnais qui ont trouvé la mort en étant victimes des violences néo-coloniales entre 1949 et 1978. Après le rappel de l’agression mortelle infligée à Marcel Dassot, un Dionysien de 21 ans décédé le 20 octobre 1949 suite à une garde-à-vue musclée au commissariat de police de Saint-Denis, voici le second récit de cette série. Il porte sur l’assassinat de François Coupou à Saint-Denis le 29 mai 1958.
Le mercredi 14 mai 1958, la nouvelle du coup de force contre la République, qui se préparait tant à Alger qu’à Paris, parvient à La Réunion. Aussitôt, les démocrates de l’île entendent apporter leur contribution en vue de faire échouer un tel complot.
Dès le dimanche 18 mai, un grand rassemblement a lieu dans la “cour Lucas” à Saint-Denis. Ce premier rassemblement, qui se déroule dans le plus grand calme, est suivi d’un second, fixé au jeudi 29 mai, toujours dans la “cour Lucas”, dont la capacité d’accueil est de 10.000 personnes.
La Préfecture complice
Curieusement, la droite ultra du chef-lieu, qui ne cache pas sa satisfaction devant la menace d’étranglement de la République, éprouve elle aussi le besoin de manifester le jeudi 29 mai. Et cela, dans les rues situées aux abords de la “cour Lucas”.
Une telle provocation reçoit l’aval de la Préfecture, qui dépêche sur les lieux de la contre-manifestation Jean Cluchard, le bras droit du préfet Jean Perreau-Pradier, qui se comporte en meneur d’autant plus dangereux qu’il est assuré de l’impunité. Jean Cluchard est assuré aussi d’une totale sécurité, en raison de la présence massive de CRS et de gendarmes en tenue de combat à proximité de la “cour Lucas”.
Dutremblay Agénor et Paul Vergès insultés
Pendant toute la durée des allocutions prononcées par Dutremblay Agénor et Paul Vergès, des cris hostiles à ces derniers ainsi qu’à leur auditoire sont poussés dans les rues bordant la “cour Lucas”. Cela fait donc craindre des risques d’affrontements à la fin du meeting, en dépit des précautions prises par les organisateurs du rassemblement.
Ces craintes s’avéreront fondées dès l’instant où, le meeting terminé, le flot de manifestants s’écoulera dans la rue Dauphine (aujourd’hui rue du Général De Gaulle) : la foule est prise dans un étau constitué de deux barrages de CRS, dont les charges violentes obligent hommes et femmes à se réfugier en toute hâte dans des cours privées.
Cela ne les met toutefois pas à l’abri des tirs de grenades lacrymogènes. Quant aux moins rapides, ils sont sauvagement matraqués. C’est le cas de François Coupou, qui tombe inanimé sous les coups des CRS, à la hauteur du portail du Docteur Calen, à moins de 100 mètres de la “cour Lucas” et à moins de 300 mètres de son domicile de la rue d’Après.
Conduit immédiatement au CHD de Bellepierre, François Coupou décédera quelques heures plus tard, sans avoir repris connaissance. Il était âgé de 63 ans.
La Justice complice
Est-il besoin de dire que les Réunionnais épris de justice s’attendaient à ce que les assassins de François Coupou aient à répondre de leur crime devant les tribunaux ? Il n’en n’a pas hélas été ainsi.
Aujourd’hui, 50 ans après la mort d’un travailleur qui ne faisait qu’exercer l’un de ses droits les plus élémentaires, comment ne pas s’indigner que justice ne lui ait pas été rendue ?
Émouvantes funérailles
Fidèles à la mémoire d’un Réunionnais qui tenait à exprimer son attachement au régime républicain, sérieusement menacé par les factieux d’Alger et de Paris, nous nous devons, pour notre part, de rappeler l’hommage que lui ont rendu ses compatriotes après son décès. Le dimanche 1er juin 1958, alors qu’à Paris le Général De Gaulle est investi président du Conseil, l’équivalent de l’actuelle fonction de Premier ministre, par 239 voix contre 224, La Réunion fait d’émouvantes funérailles à François Coupou.
Parti à pied du domicile du défunt, un immense cortège se dirige vers le pont du Butor. Précédé de plusieurs dizaines de porteurs de couronnes et des dirigeants de toutes les organisations démocratiques de l’île, le cortège se dirige ensuite en voiture vers Saint-André. Au cimetière de cette ville, devant une foule contenant mal son émotion, Dutremblay Agénor, président du Comité de défense de la République, créé 10 jours plus tôt à Saint-Denis, rend un vibrant hommage à François Coupou. Un Réunionnais à inscrire sur la liste de ceux qui ont laissé leur vie dans le combat visant à obtenir le respect des droits fondamentaux de leurs compatriotes.
Eugène Rousse
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