Accueil du site> Social> Droits humains
Un nouveau drame de l’inégalité dans le monde
2 avril 2009
La nouvelle tragédie qui s’est déroulée lundi soir à la frontière entre le Nord et le Sud rappelle les conséquences d’un système économique dominant qui accentue les inégalités. Avec l’accroissement de la population mondiale, ces tragédies vont se multiplier si les dirigeants du G20 ne saisissent pas l’opportunité de la crise pour remettre en cause un système arrivé au bout de ses limites. L’océan Indien est aussi le lieu de ces naufrages, entre les îles d’Anjouan et de Mayotte.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) signale actuellement des « départs massifs » de Libye. Avec ses 1.770 km de frontières maritimes, ce pays est devenu un lieu de transit d’immigrés clandestins originaires notamment d’Afrique. Au moins un de ses départs s’est conclu tragiquement dans les flots déchainés.
Dimanche et lundi, de nombreux bateaux chargés d’immigrés clandestins ont quitté la Libye pour tenter de rejoindre l’Europe, notamment l’île italienne de Lampedusa, au large de la Sicile. Lundi, les conditions météorologiques étaient difficiles avec de forts vents soufflant en tempête. Cela n’a pas découragé les candidats au départ. Plusieurs embarcations ont ainsi quitté les côtes libyennes. L’une d’entre elles, transportant environ 300 personnes, a fait naufrage à une trentaine de kilomètres au large. Selon un dernier bilan diffusé mardi en début d’après-midi, déjà 21 morts et un nombre indéterminé de disparus. Lundi, environ 350 clandestins, dont l’embarcation était en difficulté au large des côtes libyennes, avaient été sauvés par un pétrolier italien.
Avec l’accroissement de la population mondiale et le maintien de la domination d’un système économique qui produit des inégalités, ces naufrages vont se multiplier. C’est d’ailleurs la situation que vit l’archipel des Comores. Entre Anjouan et Mayotte, des milliers de migrants ont perdu la vie à cause des restrictions de circulation imposées par la France entre deux îles depuis 1995.
Face aux conséquences de politiques qu’ils ont eux-mêmes décidées, les dirigeants occidentaux cherchent à transformer les frontières de leur monde en forteresse. Mais aucune barrière ne pourra jamais décourager la volonté de migrants pour qui le départ vers l’Occident est perçu comme la seule manière de pouvoir espérer vivre dignement.
Et avec l’accroissement de la population dans les pays du Sud, les candidats au départ seront chaque jour plus nombreux.
Réunis à Londres aujourd’hui, les dirigeants des 20 pays les plus riches du monde discutent de mesures pour remédier à l’impact de la crise économique. Cette crise traduit toutes les limites d’un système au bout du rouleau, qui ne cesse de produire des inégalités. Il est en effet bien incapable d’assurer à tous les habitants de la planète le respect des droits universels, et c’est à grand peine qu’il arrive à le faire pour l’Occident, soit 20% de la population mondiale.
La crise peut être le moment de construire enfin les bases d’un nouveau modèle de développement, capable de relever ce défi pour les 9 milliards de personnes qui vivront sur Terre. Si cela n’est pas fait, alors ce sont des vagues migratoires sans précédent dans l’Histoire du monde qui tenteront de franchir les barrières dressées aux frontières de l’Occident. Combien de drames seront encore nécessaires pour que chacun comprenne que ce repli ne fait que retarder l’inéluctable : ou être submergé par les migrations, ou alors être capable de discuter ensemble des moyens à donner pour que tous les êtres humains disposent des mêmes droits que ceux qui sont aujourd’hui des privilégiés, rien que par le fait qu’ils sont nés dans un lieu "bien situé" et pas dans un autre.
Manuel Marchal
© Copyright 5 mai 1944-2012 Témoignages | Tous droits réservés.
La reproduction, même partielle, des contenus des pages de ce site sans accord préalable est strictement interdite (les citations sont autorisées par le droit français pour commentaires et critiques, tant que ceux-ci y sont strictement concomitants et que sont précisés l’auteur original et le lien Internet vers la page source).