Luttes sociales

348 au chômage ?

Assistants d’éducation

Jean Fabrice Nativel / 18 juin 2009

Sur les mille et quelques assistants d’éducation (AE) de l’Éducation nationale, 348 d’entre eux risquent de se retrouver au chômage après des années de service, pour certains à aider les écoliers, collégiens et lycéens et le personnel administratif des établissements scolaires. Ces agents non titulaires de l’État perçoivent 600, 700 ou 1.000 euros nets par mois. Leur travail est apprécié et reconnu par leurs collègues titulaires. Leur contrat sera-t-il renouvelé ou non ? Il semble que l’on se dirige vers le non. Ce qui est sûr dans l’immédiat, c’est que leur remplacement est prévu par du personnel inexpérimenté. Allez comprendre quelque chose dans cette affaire de précaire de l’Éducation nationale.

• Thierry, AE en Maintenance informatique
Depuis 6 années, il s’occupe « de la maintenance informatique, l’administration du serveur pédagogique et administratif, la prévision des commandes, la configuration des machines destinées aux inscriptions scolaires… » dans un collège. Pendant cette période, il s’est « auto-formé et formé ». Aujourd’hui, l’incertitude l’habite car son contrat qui a été renouvelé une fois ne peut l’être une deuxième fois.

• Natacha, AE à la Vie scolaire
Elle est un élèment indispensable de la Vie scolaire de l’établissement où elle est affectée. En plus du « suivi des absences », elle surveille les élèves lors de la prise des repas dans la cantine et des cours. « La gestion des absences », c’est elle aussi, comme « la médiation auprès des familles ». Elle a été « en contrat “emploi jeune” 5 années et 6 d’assistant d’éducation ». 11 années vouées aux marmailles et à leurs familles.

• Betty, AE aux Soins des handicapés
Sa place est auprès des élèves handicapés d’une Unité pédagogique d’intégration (UPI). Lors des cours, elle les accompagne, prend des notes. Quand ils se rendent à l’infirmerie pour des soins ainsi que leurs sorties extérieures, ce n’est jamais sans elle. Et devinez qui les aide à manger, c’est encore Betty, et ses collègues.

• Karine, AE en Informatique
« Je me consacre aux nouvelles technologies de l’informatique. Les écoliers, je les initie à l’utilisation d’un ordinateur », explique-t-elle. Le micro-ordinateur est avant tout « un outil pédagogique ». À l’aide de logiciels achetés « avec mes deniers », les écoliers peuvent connaître le monde de l’éducation. Au bout de 12 années dont 6 en “emploie jeune” et 6 d’AE, elle souhaite « trouver une porte de sortie ».

• Yolaine, AE polyvalente
Au sein de son école, elle est devenue « polyvalente ». « Les inscriptions scolaires, les enquêtes du Rectorat, le lien et la médiation avec les parents » sont ses tâches quotidiennes. S’additionnent à cela « l’accompagnent des élèves à l’occasion des sorties et leur surveillance dans la cour ». Dans 3 mois, son contrat arrive à échéance. Sera-t-il reconduit, elle le souhaite de tout cœur.

• Jean-Pierre Técher du CLE
Non, il n’est pas AE, il est du CLE. Le bouillant Jean-Pierre Técher est venu apporter son soutien aux agents non titulaires de l’État que sont les AE. « Ces personnes, je ne souhaite pas qu’elles grossissent les rangs du Pôle Emploi (PE) comme ceux des associations de chômeurs ». Au PE, ils sont déjà plus de 100.000 chômeurs et l’emploi y est « rare ». Selon le militant associatif, le cas des AE se passe dans la totale « indifférence » et le « je m’enfoutisme ». Amer et avec ras-le-bol, il exige « qu’une solution soit trouvée pour ce personnel ».

• Marie-Hélène, AE avec l’équipe pédagogique
À l’école où elle est employée, elle a intégré l’équipe pédagogique. Les écoliers — des petits aux grands —, elle les initie aux NTIC. Ceux de CM2, Marie-Hélène les aide « à la préparation du Brevet Informatique ». Des logiciels leur permettent d’acquérir les bases de la lecture sous forme de jeux. Les marmailles participent même « au journal scientifique du Rectorat ». S’ils éprouvent des difficultés dans la compréhension d’un texte, elle leur apporte son concours. En plus de ses activités, elle a « la gestion de la bibliothèque ». Elle profite de cette tribune et remercie les pères et mères de familles qui campent aux pieds de la Préfecture.

Francine, AE auprès des collégiens
Sa préoccupation première est le bien-être des collégiens. Elle passe par « leur sécurité interne, la surveillance à l’entrée et sortie des cours et le contrôle des absences ». Elle a été aussi “emploi jeune” et des manifestations pour l’évolution de leur contrat en AE. Force est de constater que leur emploi n’a pas été pérennisé. Cette mère de famille « résiste », mais pour combien de temps encore ?

• Thierry AE, en Informatique et à la BCD
« Mon domaine est l’informatique, en l’occurrence la petite maintenance, l’installation de programmes, l’initiation à l’informatique des écoliers et la préparation du B2i du CM2 », détaille-t-il. Son contrat — lui aussi — arrive à son terme. Il s’inquiète car « en vacances, la secrétaire ne peut lui délivrer une attestation pour les ASSEDIC ». Une aberration !

• Corinne, AE Aide documentaliste
Pour la rencontrer, rendez-vous au Centre de Documentation et d’Information (CDI) de son établissement. Là, elle gère les collégiens, enregistre les livres, collecte et distribue les manuels scolaires. Sur le tas, elle a appris les rouages de son métier. Mère de famille, elle demande que « son travail soit reconnu et pérennisé ».

• Mireille, AE Auxiliaire de vie scolaire
Pas facile sa mission car elle a sous son aile 6 enfants handicapés en UPI. « Prise de notes, soutien scolaire, toilette, porter leurs plateaux à la cantine… », voilà un bref aperçu de son activité de tous les jours. Son mari est AE, leur avenir est délicat. Le couple se demande de quelle manière il paiera les factures, le loyer. Ils craignent pour l’avenir de leurs enfants.

• Sophie, AE à la Vie scolaire
Aux petits soins de 10 enfants handicapés, elle est. Pour ainsi dire, elle est devenue « leur seconde mère ». Outre l’aide dans leurs déplacements et les prises de notes, « on les écoute, on écoute par ailleurs leurs parents ». Leurs sont apportés une aide psychologique et sociale. En aparté, elle attend et attendra –à mon avis- une formation d’éducatrice spécialisée.

• Gérôme Motet, SNALC
Ce professeur insiste, « on ne peut pas vivre sans les AE ». Ils sont « d’une grande utilité » et « notre pont » avec les familles. Après des années d’exercice, ils sont devenus « compétents » et incontournables. Un « concours spécifique » peut leur être proposé.

Texte et photo Jean-Fabrice Nativel


Kanalreunion.com