APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Samuel Mégarisse et Olivier Hoarau, maraîchers
29 juin 2009

Samuel Mégarisse et Olivier Hoarau font partie des derniers cultivateurs de fraises à La Réunion. Ils doivent faire face à la hausse importante des intrants. Exemple : l’augmentation de 61,5% d’un produit phytosanitaire en un an. La question du prix des intrants est un facteur important, il entre en ligne de compte dans le calcul du coût de production. Si les intrants sont à un coût très élevé, comment les agriculteurs réunionnais pourront-ils vendre leurs produits à La Réunion quand les APE s’appliqueront pleinement ? Il est à noter que si les agriculteurs doivent baisser leurs marges, ce n’est manifestement pas le cas de l’importateur d’intrants, ni de la grande surface. Ce qui amène à poser le problème de la solidarité face à la crise. Pourquoi l’agriculteur et le consommateur doivent-ils être les seuls à faire des efforts ?
Avez-vous un exemple de hausse des prix des intrants ?
- Les engrais et les produits phytosanitaire voient leur prix grimper. Dernier exemple en date : le "Magister". Ce produit était vendu l’an dernier 89 euros le litre, cette année il est à 147 euros. Nous avons besoin de ce produit pour protéger les plants des arraignées rouges. Mais il n’y a qu’un seul importateur, et les prix flambent.
Nous avons aussi besoin de plants. Du temps du franc, un plant coûtait 20 centimes, aujourd’hui, c’est 25 à 30 centimes d’euros, c’est 7 fois plus cher en 7 ans.
Si cela continue, nous ne pourrons plus travailler.
Quand le prix des intrants augmente, vous vendez vos produits plus chers ?
- Le bénéfice diminue, car nous ne répercutons pas les hausses sur le prix auquel nous vendons. Nous vendons sur les marché forains ou en grande surface. Au marché forain, la barquette de fraise reste comprise entre 1,5 et 2 euros, comme l’an dernier. Si nous vendons plus cher, personne n’achètera.
Dans les grandes surfaces, si nous vendons la barquette 2 euros, elle se trouve à 2,50 euros. Si nous devons vendre à 1,10 euros la barquette, elle sera en rayon à 1,40 ou 1,45 euro la barquette. La grande surface maintient sa marge.
Nous sommes pourtant bien meilleur marché que les importations. Les fraises venues d’Espagne sont vendues en grande surface 5 à 6 euros la barquette quelques fois.
À cela s’ajoutent des problèmes avec le fournisseur de plants. (Pour Olivier Hoarau, les pertes dues à des plants vendus par la coopérative lui ont coûté 40.000 euros - NDLR). Cette année, nous avons changé de fournisseur, et tout s’est bien passé heureusement.
Comment faites-vous pour vous en sortir ?
- Nous travaillons plus pour gagner pareil. Nous sommes obligés de planter beaucoup plus, pour tirer le même revenu. En quelques années, tout a changé très vite. Exemple : pour maintenir le bénéfice, au lieu de planter, cultiver et récolter 30.000 pieds, il en faut aujourd’hui 70.000.
Propos recueillis par M.M.
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