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22 février 2010
Bien sûr il y a la rue de Paris, la rue de prestige, la rue pour touristes où les institutions (grâces leur soient rendues) ont rénové de vieilles maisons créoles ; mais ce sera de plus en plus une façade muséale qui aura du mal à cacher la destruction rapide et programmée (1) de tout ce qui faisait le charme du centre de Saint Denis et de son secteur patrimonial.
Il y a assurément, ici ou là, quelques dionysiens, amoureux de leur cité qui au prix de beaucoup d’efforts s’évertuent à restaurer leur maison, à embellir leur ville, à lui garder son cachet, mais ce seront bientôt les derniers survivants, gardiens de vestiges d’une époque révolue.
Car l’ère du fric et du béton est en marche : il s’agit pour certains promoteurs qui n’ont rien à faire de l’histoire ou de l’esthétique, de bétonner, de monter le plus possible en hauteur, de rentabiliser au maximum.
Certes dans certains secteurs patrimoniaux on devrait, suivant les textes du PLU, construire en centre de parcelle pour maintenir les espaces verts. Tu parles ! Les immeubles de deux, voire trois ou quatre étages s’élèvent en bordure de rue (cf. rue Juliette Dodu).
On devrait également respecter l’harmonie générale... Quelle hypocrisie ! On construit au premier plan un petit bâtiment pseudo créole (quelques lambrequins feront l’affaire) que dominent de toute leur masse des immeubles de béton (cf. l’édicule de la rue du général de Gaulle ou la maison de poupée de la rue Mgr de Beaumont).
Au train où vont les choses, Saint Denis sera dans dix ans méconnaissable, neutre, sans personnalité véritable : le passé aura été, pour l’essentiel, écrasé, anéanti, effacé. Allons nous le tolérer ? Notre histoire n’est pas longue, mais c’est notre histoire ! Nous nous devons de la connaître, de l’assumer ! Un exemple à méditer : les Polonais, lorsque leur capitale eut été rasée pendant la deuxième guerre mondiale, se mirent, dès la paix revenue, à rechercher les pierres de leurs édifices, de leurs maisons, s’efforcèrent de retrouver les plans et de reconstruire à l’identique ce qui faisait leur histoire, leur fierté, leur identité.
Ici à La Réunion, ceux qui décident, souvent ne savent pas, n’ont pas notre sensibilité, ne sont « pa là èk sa ». On n’ose imaginer qu’ils agissent en connaissance de cause et livrent la ville au bulldozer des vandales.
Elie Wiesel disait que « le bourreau tue toujours deux fois, la deuxième fois par le silence ». En s’inspirant de cette phrase et en changeant ce qui doit l’être, on peut dire que le crime qui se commet contre notre histoire, se fait aussi en deux temps : dans un premier on détruit l’architecture créole, dans un deuxième on l’enterre définitivement dans sous sarcophage de béton.
Comment cette destruction est elle possible ? De quels arguments imparables, de quels moyens de persuasion disposent les Vandales ? Nos responsables sont ils à ce point démunis qu’ils ne puissent faire appliquer les textes qu’ils ont, eux mêmes, élaborés, approuvés voire votés.
Il est plus que temps que les Dionysiens sortent de leur réserve et s’organisent pour obtenir le respect de l’histoire et de l’originalité de leur ville.
Un collectif de Dionysien
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