Passagers toujours en attente, clients floués...

Air Bourbon : Lazarus persiste et signe

29 novembre 2004

’On ne tire pas sur une ambulance’, c’est un fait acquis, encore faut-il que, depuis l’ambulance aucun coup de feu ne soit tiré.

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Une cinquantaine de passagers cloués au sol après la brutale cessation d’activité d’Air Bourbon continuent d’occuper l’aérogare Roland Garros. (photo Imaz Press Réunion)

Il semble que le gestionnaire d’Air Bourbon, M. Lazarus, ne soit pas en mesure de comprendre que ce qui arrive à Air Bourbon est d’abord de sa responsabilité. Rappelons donc que, selon les propres déclarations de M. Lazarus, l’aventure d’Air Bourbon a commencée sur des bases financières très mal assurées. Voici les propos tenus par M. Lazarus vendredi dernier et reproduits par “le Jir” paru samedi : "Pendant les six premiers mois d’activité, nous avons perdu beaucoup d’argent. La société était sous-capitalisée".
Cette sous-capitalisation a, dès le départ, fragilisé Air Bourbon. Il y a donc bien eu une personne qui est parvenue à convaincre les actionnaires que l’exploitation pouvait commencer même si les fondations de la maison Air Bourbon n’avaient pas été solidement établies.
Le premier vol d’Air Bourbon a débuté le 7 juin 2003. Cinq mois plus tard, les actionnaires sont déjà obligés de mettre la main à la poche pour augmenter le capital de l’entreprise. Au sixième mois révolu de son exploitation, la perte se chiffre déjà à 1,7 million d’euros. Ces pertes d’exploitation ont-elles été prévues lors de l’établissement du budget prévisionnel ? Il semble bien que non.
Dès lors, Air Bourbon s’engage dans une fuite en avant. L’ouverture d’une ligne vers Milan a-t-elle répondu aux nécessités d’un marché existant ? Il semble que non puisqu’après six mois d’existence, cette liaison est abandonnée et tous les frais engagés pour l’établissement de cette liaison viennent grever une situation déjà peu florissante bien que, depuis le 12 février 2004, les actionnaires aient accepté de mettre la main à la poche et d’apporter 4,5 millions d’euros au capital de la compagnie aérienne.
Après d’autres tentatives qui ressortent bien plus de la stratégie de la lutte pour la survie que d’une politique prospective soigneusement élaborée, la nécessité d’une troisième augmentation de capital s’impose. Mais là, les actionnaires refusent de suivre le gestionnaire dans ses demandes.
La perte de confiance semble avoir été totale et M. Lazarus le reconnaît en nous disant avoir été obligé de recourir, vainement, à des intermédiaires financiers. Cette perte de confiance semble avoir été encore aggravée lorsque les actionnaires ont eu connaissance du pedigree des ultimes contacts de leur gestionnaire.

Désinvolture

Ce qui est grave c’est que M. Lazarus, au lieu de tirer les conclusions de ces échecs et de son échec, a tout fait pour interdire à l’opinion réunionnaise de prendre conscience de l’ampleur du désastre qui s’annonçait.
Ce n’est ni la presse, ni le Département, ni la Région, non plus que le Préfet qui, vendredi matin, accueillait encore les clients aux comptoirs d’Air Bourbon et leur vendait des billets pour de prochains vols alors que, de toute évidence, M. Lazarus savait fort bien que, l’après-midi même, il lui faudrait déclarer forfait. En droit, vendre quelque chose qu’on sait pertinemment ne pas pouvoir fournir, cela porte un nom et peut vous conduire très rapidement chez le juge d’instruction.
En 18 mois d’existence d’Air Bourbon, ces méthodes, cette désinvolture - pour ne pas dire plus - avaient déjà découragé les 39 actionnaires de cette compagnie aérienne, fallait-il qu’aux 39 actionnaires, aux 165 employés et aux 16.000 ou 27.000 passagers ayant acheté un billet jusqu’en mai 2005, on vienne y ajouter les contribuables Réunionnais qui financent de leurs impôts les fonds dont disposent le Département et la Région ?
Air Bourbon a commencé avec des fondations très mal assurées. Tant et si bien qu’elle n’avait que peu de chance de résister au moindre coup de Trafalgar. C’est un véritable malheur dont les passagers, les employés et les actionnaires sont les victimes ... de la gestion d’un homme qui préfère s’en prendre à tous plutôt que de se regarder dans un miroir.

Mark Alem


Le gestionnaire d’Air Bourbon tel qu’en lui-même

Hier soir, sur le plateau de Télé-Réunion, M. Lazarus s’est trouvé face à une Isabelle Allane visiblement indignée. Voici - sans commentaire - les principaux extraits des réponses de M. Lazarus :
"[...] Nous avons un problème technique : nous sommes en panne d’argent.
[...] Samedi, hier, devant la détresse des passagers nous avons nous-mêmes cherché des solutions pour essayer d’avancer, de trouver un avion à affréter de manière à ne pas bloquer ces passagers ici trop longtemps. Nous en avons trouvé un, nous en avons parlé à la préfecture, mais entre-temps il y a avait eu une réunion à laquelle nous n’étions pas conviés ce qui est dommage car nous sommes quand même encore existants et nous avons appris que la préfecture avait donc calé son programme pour jeudi et vendredi et donc c’est fait, c’est trop tard. Maintenant [on ne pourra pas dire que] nous [n’] avons [pas] essayé de notre côté.
[...] Nous sommes autorisés à voler mais nous n’avons pas les moyens d’assurer cet affrètement. Nous avons même proposé à la préfecture -il nous reste 90.000 euros sur notre compte- de donner ces 90.000 euros (1) pour participer à l’affrètement, pour bien montrer que nous restions responsables de nos passagers.
[...] Un affrètement coûte entre 300 et 350.000 euros, mais, au moins participer [nous voulions] montrer que nous participions.
[...] Mercredi [24.11.2004], nous étions attaqués par la presse [...] et c’est ce qui a précipité notre chute puisque les fournisseurs nous ont demandé plus de règlements et nous sommes tombés en panne technique là-dessus. Nous pensions réellement arriver au bout, c’est pas de l’irresponsabilité.
[...] Nous avons failli par manque d’argent, aujourd’hui le transport aérien est un domaine très difficile, nous n’avons eu aucune aide.
[...] Moi, je n’ai jamais fait d’attaques personnelles vis à vis d’un ou des politiques (2), j’ai simplement critiqué l’attitude des institutions, de la Région et du Département de ne pas nous aider. Là nous prenons acte et nous essayons de trouver des moyens par nous-mêmes".

(1) - Sachant qu’un billet coûte environ 680 euros et que, selon les informations diffusées par M. Lazarus lors de ses prospections de capitaux, ce sont entre 16.000 et 27.000 billets qui ont été vendus jusqu’au moi de mai 2005, un rapide calcul permet de déterminer que, dans les caisses de la compagnie aérienne ce sont de 10 millions à 17 millions d’euros qui devraient s’y trouver et non pas 90.000 euros seulement. Où donc sont passés les millions d’euros correspondants à ces billets d’avion non consommés ?
a - 680 x 16000 = 10 880 000
b - 680 x 26000 = 17 680 000

(2) - Au “Jir” daté du 27.11. 2004, M. Lazarus a déclaré : "À la Réunion, on investit dans n’importe quoi comme le projet de la Maison des civilisations. La politique se fait de père en fils et même en petit-fils. Notre disparition est la faute des politiques"


Paul Vergès demande au Premier ministre
des
"mesures urgentes et exceptionnelles"

Le président du Conseil Régional, Paul Vergès, a adressé samedi une lettre au Premier ministre, relative à la gravité et l’urgence de la situation créée par la cessation d’activité de la compagnie Air Bourbon. On lira ci-après le texte de cette lettre :
"Monsieur le Premier ministre,
J’ai l’honneur d’appeler votre attention sur la gravité de la situation sociale créée par la cessation d’activité de la compagnie aérienne Air Bourbon. Des milliers de passagers détenteurs d’un billet Réunion/Métropole ou Métropole/Réunion sont dans l’impossibilité de rejoindre leur destination. Depuis hier à Orly Sud, et ce matin à l’aéroport Roland-Garros, des centaines de voyageurs plongés en plein désarroi, crient légitimement leur colère et attendent que des solutions immédiatement opérationnelles soient apportées. Chaque jour, chaque heure qui passe, sans qu’une solution soit mise en œuvre, aggrave cette situation de tension sociale. Des problèmes d’hébergement se posent déjà pour des centaines de passagers.
Réunies hier [vendredi 26.11.2004 N.D.L.R.] par Monsieur le Préfet, les trois autres compagnies aériennes desservant la liaison Réunion/Paris ont consenti des efforts significatifs pour offrir sur leurs avions des places à un tarif exceptionnel de 300 euros, à des passagers ayant déjà effectué l’aller sur la ligne Réunion/Métropole d’Air Bourbon.
Bien que représentant une contribution intéressante, cette solution est à elle seule nettement insuffisante pour faire face à la situation. D’une part de nombreuses personnes ou familles qui avaient déjà payé Air Bourbon, sont dans l’incapacité financière de payer un billet supplémentaire, même à tarif réduit.
D’autre part, les capacités en sièges sur les vols actuels sont largement insuffisantes pour pouvoir absorber les flux de passagers concernés. Dans ce contexte, il s’avère urgent de mobiliser des capacités de sièges supplémentaires et également de trouver une solution qui évite aux passagers notamment les plus démunis, de payer une deuxième fois. Interrogées, les compagnies aériennes sont prêtes, pour faire face à l’urgence, d’assurer chacune des vols supplémentaires.
Le problème posé est la prise en charge financière de ces vols. Dans l’esprit des moyens qui avaient été mobilisés lors de la disparition d’Air Lib, l’État doit prendre la mesure d’une situation plus grave à l’échelle de La Réunion, et de mobiliser les moyens permettant l’affrètement de vols supplémentaires.
Parallèlement à cette question d’extrême urgence, se pose également le problème des 165 salariés d’Air Bourbon qui risquent de perdre leur emploi. Dans le contexte social difficile de La Réunion où le taux de chômage dépasse les 30%, les conséquences de la faillite d’Air Bourbon seront dramatiques du point de vue social et humain. Comme pour Air Lib, nous vous demandons de mettre en place rapidement une cellule de reclassement du personnel dans le cas d’une cessation définitive de l’activité de la compagnie.
Je suis convaincu, Monsieur le Premier ministre, que vous comprendrez que la mise en place de mesures urgentes et exceptionnelles est une nécessité, afin d’éviter une détérioration rapide de la situation sociale qui peut gravement mettre en cause l’ordre public."


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Témoignages - 82e année


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