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Élection présidentielle
24 avril 2006

C’est toujours Sambi, Djaanfari et Halidi qui poursuivent la course.
Après une semaine tendue, des rumeurs diffuses, un début de manifestations de rue et beaucoup de pressions sur les organisateurs des élections, et surtout les représentants de l’Union africaine, la Cour constitutionnelle a tranché. Les résultats d’une quarantaine de bureau de vote, surtout dans le Nyumakélé, ont été annulés, mais cela n’a pas inversé les premiers décomptes provisoires.
Dès le lendemain du premier tour dimanche dernier à Anjouan, plusieurs requêtes en annulation pour irrégularité ont été déposées par 3 candidats dont Caabi El Yachroutu. Le vice-président de l’Union qui était donné pour favori dans ce scrutin, s’est en effet vu éliminé dès le premier tour.
Bien que reconnu pour son honnêteté et son intégrité morale, il a du justifier pendant la campagne son rôle dans les pouvoirs qui se sont succédé ces 2 dernières décennies. Dans ses meetings, le candidat Caabi a donné des gages de fermeté et de plus de détermination à l’avenir pour améliorer les conditions de vie des Comoriennes et des Comoriens, et restaurer l’image extérieure du pays. L’estime que lui portent les partenaires extérieurs des Comores, notamment la France et les Institutions financières Internationales, est utilisée par ses détracteurs pour montrer qu’il sera le défenseur d’intérêts étrangers.
Recours
L’espoir avait resurgi mercredi dernier parmi ses partisans. Des indiscrétions devenues rumeurs disaient que la Cour constitutionnelle a admis la recevabilité des recours de Caabi et qu’on s’acheminait soit vers une invalidation du scrutin dans la région de Nyumakélé, soit vers une annulation de plusieurs bureaux de vote. La tension est montée d’un cran, et des dizaines de militants de la CRC qui soutiennent la candidature de Ibrahim Halidi ont convergé vers le siège de la Haute Cour pour protester contre l’éventuelle élimination de leur candidat. La force interafricaine AMISEC a pris les devants, bloquant les accès au bâtiment situé dans la banlieue Nord de Moroni, et surveillant les environs avec des rotations incessantes d’hélicoptères.
Les résultats ne seront pas diffusés ce 20 avril à 13 heures comme convenu, mais le lendemain vers 16 heures locale. Entre temps, la ville de Moroni avait retenu son souffle, craignant des débordements.
Décision acceptée
Finalement, les résultats homologués n’ont pas bouleversé fondamentalement celui donné par la Commission nationale des élections des Comores (CNEC) au lendemain du scrutin. Cependant, l’annulation de 41 bureaux de vote principalement dans le Nyumakélé a réduit l’écart entre les candidats. Ainsi, Ahmed Abdallah Sambi a obtenu 23.70% contre 26 précédemment, Mohamed Djaafari 13.10 contre 14, Ibrahim Halidi 10.37 contre 13 et Caabi 9.56 contre 10. Ce dernier, dans un communiqué lu dans les radios dans la soirée, accepte la décision de la Cour et appelle ses partisans au calme pour que le processus se poursuive dans la paix et la sérénité.
Francisco Madeira, l’envoyé spécial du président de l’Union africaine en charge du dossier comorien, a reconnu la désorganisation totale du scrutin qui tranchait avec l’assurance qu’il donnait la veille. En effet, quelques heures avant le début des opérations de vote, entouré du chef du bureau de liaison de l’Union africaine à Moroni, le commandant de l’AMISEC et l’ambassadeur de l’Afrique du Sud, il a soutenu que ce scrutin était capital dans sa signification politique, et que donc son organisation pratique ne devait souffrir d’aucune irrégularité, d’aucune contestation. Pour lui, tout a été fait pour faire de ce scrutin "une rupture avec le passé, le début d’une nouvelle culture des urnes".
Des choses à améliorer
Au lendemain des élections, Madeira a reconnu la faiblesse de sa propre gestion des opérations, mais a surtout accusé la Commission nationale des élections aux Comores d’avoir manqué d’expérience et de professionnalisme. Il a aussi ajouté que toute la classe politique comorienne, notamment les administrations centrale et insulaire, a voulu manipuler la commission, ce qui a aggravé ce fiasco.
Pour remédier à tout cela, l’envoyé spécial de Alpha Konaré sera plus ferme et plus exigeant : "On fera moins confiance aux organes électoraux des Comores et aux autorités... nous allons désormais insister pour que les choses soient faites".
L’un des membres de la Commission nationale accuse, lui, l’AMISEC de n’avoir pas fourni l’assistance promise : "Une femme a dû faire 24 villages dans une 504 bâchée sans aucune protection pour distribuer le matériel, alors que la force interafricaine disposait de dizaines de 4x4". Il reconnaît également qu’une partie des dysfonctionnements relève de manipulations orchestrées par certains candidats.
Tandis que les organisateurs cherchent à se justifier, on attend avec impatience le rapport de l’Observatoire des élections qui sort ce week-end. D’ores et déjà, Ismaël Saadi, le président de cette jeune association, donne ses premières analyses. Pour lui, c’est la non capitalisation de l’expérience de la CNEI organisatrice des élections de 2001, 2002 et 2004 qui est la cause de ce désordre : "On avait des personnes rodées aux mécanismes de l’organisation des élections, ayant bénéficié de plusieurs formations, qui auraient dû faire partie de la CNEC. Cependant, chaque camp voulant manipuler le scrutin a placé des partisans qui avaient peu ou pas du tout de notion dans le domaine". Les jeunes observateurs relèvent également une asphyxie des commissions insulaires par la commission nationale aussi bien dans les prérogatives que les moyens matériel et financier.
M. Aliloifa
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