Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
26 juin 2006

La Chambre d’Agriculture a organisé jeudi une démonstration d’épandage de matières organiques (fumier de bovins et de chevaux) dans une plantation de salades à la Rivière des Pluies (Sainte-Marie). L’opération a eu lieu dans le cadre d’une application pratique du premier ’guide de fertilisation organique de La Réunion’ édité par la chambre consulaire et le CCIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherches Agricoles pour le Développement).
Le GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) de la famille Payet exploite trois parcelles de maraîchages situées à la Saline-les-Hauts, la Bretagne (Saint-Denis) et à la Rivière des Pluies. C’est sur cette dernière, plantée en salades sur 5 hectares, que la Chambre d’Agriculture a organisé une démonstration d’épandage de matières organiques (fumier de bovins et de chevaux) qui a eu lieu jeudi.
"Nous nous sommes installés ici il y a 8 ans et nous utilisons des matières organiques depuis le début", note Jacky Payet, membre du GAEC avec ses deux frères, sa nièce et son neveu. Tous les ans, hors aléas climatiques, le champ produit, en 5 cycles, 100.000 pieds de salades par hectare. Selon les besoins, déterminés par l’analyse des sols, la parcelle est fertilisée tous les ans ou une année sur deux. 20 tonnes de fumiers de bovins et de chevaux sont utilisées pour fertiliser 1 hectare (parfois un appoint en engrais chimique est nécessaire). "Entre l’achat des engins (une pelle et un épandeur mécaniques - ndlr) et celui, régulier, du fumier, la méthode de fertilisation nous coûte un peu plus de 150 000 euros", indique Jacky Payet. Il ne le regrette pas. "Nous tenons à la qualité de nos produits. Le temps de conservation et le goût des salades produites de cette manière sont bien supérieurs à ceux des salades chimiquement fertilisées", souligne-t-il. Il note à ce propos "lorsqu’un Bordeaux est bon, c’est en grande partie grâce à son terroir. Il en va de même pour les salades et les autres produits maraîchers".
Cette exigence de qualité est d’autant plus importante pour le GAEC qu’il écoule la quasi-totalité de sa production en grandes et moyennes surfaces (GMS). Ses salades, choux, carottes sont vendus à la pièce, ou kilo ou encore en sachet. Le groupement réalise en effet 30 à 40% de son chiffre d’affaires grâce à la transformation de ses légumes en produits de 4ème génération. Coupés, lavés et mis en sachets, les salades, choux et carottes sont prêts à l’emploi.
Réduire les importations d’engrais chimiques
"Les méthodes d’exploitation du GAEC Payet sont exemplaires d’une bonne utilisation des matières organiques", notait jeudi Fabrice Rivière, technicien de la Chambre d’Agriculture affecté à la Mission de valorisation agricole des déchets. "Le groupement de Jacky Payet fait figure de précurseur dans ce domaine. Son exemple peut être suivi par d’autres agriculteurs à condition, bien sûr, d’utiliser les matières organiques à bon escient", remarque Bertrand Caruel, planteur de canne et élu de la chambre consulaire. C’est dans l’optique de vulgariser cette utilisation en toute sécurité pour l’environnement et la santé des consommateurs que le "guide de fertilisation organique de La Réunion" a été édité.
"De la vinasse (résidu de la mélasse - ndlr) aux fumiers en passant par les boues de station d’épuration, tous les déchets agricoles peuvent être valorisés en étant utilisés comme engrais pour les différentes cultures y compris la canne", déclare Fabrice Rivière. Dès lors, le développement "bien compris" et donc durable de cette filière est intéressante à bien des égards. "Nos importations d’engrais chimiques s’élèvent actuellement à 30.000 tonnes par an. Nous pourrions réduire considérablement cet apport", estime Bertrand Caruel. Ce qui serait bénéfique pour les sols et les consommateurs. Cela aurait l’avantage de valoriser le million et demi de tonnes de fumiers produits annuellement à La Réunion par les bovins, les porcs, des volailles, chevaux et autres bétails.
À l’heure actuelle, ces matières organiques, très encombrantes, ne sont que peu utilisées. Sachant que le fumier de bovin se négocie autour de 5 euros le mètre cube, sans doute existe-t-il matière à réflexion...
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