La realpolitik ou la vraie rénovation ?

3 juillet 2007

Le départ du Parti Socialiste de certaines personnalités de haut rang, leur ralliement spectaculaire à Nicolas Sarkozy, avant ou juste après son élection à la présidence de la République française, ne peuvent en aucun cas surprendre ceux qui, de près ou même de loin, ont suivi et continuent à suivre toute l’histoire de ce parti.
Depuis la naissance de la SFIO (Section française de l’internationale socialiste) en 1901, sa transformation en Parti Socialiste en mai 1669, l’ouverture du congrès d’Epinay le 11 juin 1971, la décision par la majorité de ses adhérents de faire voter oui au « Traité établissant une nouvelle constitution pour l’Europe »... jusqu’à la désignation de la candidate à la Présidentielle de 2007. À chaque fois, les divisions, les tiraillements, les “ralés-poussés” n’ont jamais manqué tout au long de son parcours sinueux.
D’où cette ambiguïté qui pèse en permanence sur le PS, partagé entre ses « aspirations révolutionnaires » inscrites dans la déclaration de principe et la pratique quotidienne de l’économie de marché défendue avec ardeur par le courant social-démocrate et qui explique des prises de position parfois divergentes de la part de ses principaux dirigeants.
Pour prendre un seul exemple, auquel on n’a pas fait suffisamment attention et qui est pourtant révélateur : les propos tenus récemment au lendemain du second tour par Dominique Strauss-Kahn. À l’entendre, si la gauche a perdu, c’est parce que « les socialistes se sont éloignés du réel ». Ce qui peut laisser faire croire, entre autres choses, que les formules employées par Ségolène Royal au cours de la campagne, comme « démocratie participative » ou « jurys citoyens », et qui viennent directement de la devise même de la République, sont de pures abstractions. Alors que justement, il s’agit de leur donner corps, de leur donner chair, de les faire passer dans la réalité.
Quant à la solution qu’il propose et qui revient régulièrement après chaque défaite électorale, c’est la rénovation : « mon mot d’ordre », a-t-il affirmé. Oui, mais quel sens précis faut-il lui donner ? Est-ce qu’elle passe, cette rénovation, par un simple changement de personnes en vue de « favoriser l’émergence d’une nouvelle génération », « de nouvelles têtes », comme il le dit clairement ? Ou bien par un travail passionnant de réflexion sur les objectifs et le contenu du parti aujourd’hui, où la mondialisation bat son plein, et qui comporte nécessairement une remise en cause totale du tout marché incompatible avec la République ?

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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