Le pire des animaux

6 juillet 2007

L’Homme est le pire des animaux, inconscient et irresponsable : le seul idiot recensé sur cette planète, selon les toutes dernières informations définitives sur cette question. La pensée, dont il s’enorgueillit avec beaucoup de prétention, n’a d’humain que l’appétence à se repaître de son pauvre sort. C’est pourquoi son esprit n’est que mort-né, pas encore un enfant, et encore loin d’être un adulte : ce bipède pensant ne s’étourdissant que de sa génération, il en oublie d’enfanter d’éveil les filles et les fils de sa survie, dans ce bel élan d’irrespect qu’il porte à toute forme de vie.
Caractéristiques : principalement grégaire, il semble préférer l’action de groupe pour assouvir ses besoins primaires, qui sont, s’alimenter, s’accoupler, posséder et dominer, où il démontre même parfois, quelques signes d’habilités, assimilables à de la ruse. Susceptible de ressentir de la frustration dans les cas d’empêchements, il peut aussi éprouver quelques émotions au spectacle de ses congénères parfois, mais plus souvent de lui-même, qui reste pour lui sa plus grande interrogation.
Détails physiques et comportementaux : quatre membres s’articulent autour d’un volume central, où sont situés les organes de fonctionnements principaux, surmonté d’un moignon, siège des principales commandes, à l’instar de la majeure partie des autres espèces ; c’est dans cet appendice frontal que réside le bulbe de ses égarements, espace beaucoup trop restreint dans lequel il limite à tort ses cogitations. Du reste, il a coordonné l’expression de ses gémissements, pour lui donner matière à "parole", sans être pour autant parvenu à apprivoiser le phénomène de la communication, ignorant parfois même jusqu’au sens des termes qu’il utilise. Maladroitement, il en a retiré un sentiment de primauté, qu’il s’octroie pour briser l’existence de tous les autres animaux, y compris et surtout sa propre engeance, qu’il décime avec une facilité déconcertante, ce qui, avec le rire et les ricanements qui l’occupent habituellement, constituent les autres caractéristiques de cet être mort-vivant.
Considérant ses activités comme importantes, et ses passe-temps comme essentiels, il les désigne sous le vocable de "civilisation", par méconnaissance bien évidemment du sens réel de ce que cela signifie.
Format de présentation : Portatif avec tout objet motorisé, il se décline le plus souvent sous une forme emballée de tissus, balbutiant des sons, et agité de mouvements. Il est normal d’y trouver des étiquettes pour la traçabilité. Les couleurs plurielles observées lui servent d’indicateurs sur l’origine de la jachère, mais il s’en sert malheureusement comme marqueurs d’identité, ce qui segmente gravement l’unicité de sa condition première, perturbant intérieurement ses équilibres vitaux.
Durée de vie : en fonction du degré de plaisir éprouvé à supporter l’enfer de ses illusions.
Généralement suffisante pour engendrer ses rêves et subir ses déceptions. Tendance observée cependant à s’obstiner dans les souffrances de fin de parcours, sans que cela soit bien explicable.
Avertissements : aveugle et sourd, il est persuadé du contraire. A ménager lors de tout contact. Ne comprend pas ce qui diffère des schémas neuronaux spécifiques, propres à chacune des entités mentales différentes, sous ses multiples formes de reproductions biologiques, qu’il voisine tous les jours, et qui sont développés au moment des processus de la constitution globale de la personne humaine : être vivant potentiellement dangereux, à l’égard de ses environnements sociaux et naturels, il ne jouit pas, en outre, de toutes ses capacités de consciences, et notamment, de celle de sa fragilité intime. Indocile et arrogant de surcroît, il semble donc voué à la destruction, dans une longue agonie de joies électriques.
L’Homme est donc bien la pire des bêtes, mais il a un avantage sur les autres espèces : il le sait.

Jean Salim R
Animal inquiet pour notre Humanité


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