APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
9 juillet 2007

À propos de “Etre Réunionnais dans le monde”
Suite à l’article “Etre Réunionnais dans le monde” de Radjah Véloupoulé*, je m’interroge sur l’apport du concept de l’hybridité culturelle dans le débat en cours sur l’unité réunionnaise. L’hybridité, écrit le philosophe et anthropologue Alexis Nouss, « résulte de la production d’une troisième entité après la rencontre de deux, ou plus, composantes culturelles ». Et d’ajouter que là où « le transculturel est passage, l’hybride marque un arrêt » (1).
En tenant compte de sa signification première de mélange et de mixité, l’hybridité nous renvoie immanquablement, tout comme le métissage, à l’idée de corps purs, de groupes humains purs, de cultures pures - on mélange des éléments homogènes, exempts de toute impureté (2). Et comment ne pas oublier que ces termes (hybridité et métissage) sont liés à une expérience précise, celle de la traite et de l’esclavage, de la colonisation, donc à l’idée de violence, de domination et de “race”. En outre, ils sont liés à l’idéologie coloniale de blanchissement : se métisser pour se blanchir (3). D’où le rejet de ces concepts par les écrivains de la négritude. Mais ce n’est pas tout.
Liés à la mondialisation marchande, à la libre circulation des produits, des cultures et des idées, l’hybridité et le métissage célèbrent le mélange et le brassage. Cette célébration d’un troisième espace entretient malencontreusement l’idée que l’on peut rapprocher les cultures les unes des autres pour former une culture globale où frontières et conflits seraient absents. Dans cette approche, l’intraculturel - échanges internes à une culture - trouve parfaitement sa place, mais la diversité culturelle et les mémoires singulières sont niées, si l’hybridité et le métissage « désignent le passage d’une double origine à une seule et même identité où la différence s’homogénéise » (Fernand Oullet).
Alors, pourquoi utiliser ces termes lourdement connotés ? Bien sûr, le phénomène de métissage, d’hybridation et de syncrétisme est une réalité visible et omniprésente. A La Réunion, le métissage biologique et l’hybridité culturelle, tout comme le syncrétisme religieux, sont des réalités. Il y a eu dès le départ, dans le contexte de violence et de racisme que nous connaissons, un métissage des cultures et traditions originelles issues de diverses composantes du peuplement de l’île. Ce processus de créolisation, comme creuset culturel où se fondent les diverses cultures particulières, a donné naissance à une langue, à une musique, à une cuisine, à un savoir-être et un savoir-faire. Et il se poursuit toujours.
Toutefois, les diverses cultures singulières amenées à se rencontrer et à multiplier leurs interactions n’ont pas disparu. Elles ont résisté à tous les rouleaux compresseurs de l’esclavage, de l’engagisme et de l’assimilation. Elles trouvent aujourd’hui une nouvelle vigueur en développant leur singularité et leur spécificité, pour une large part, hors du processus de créolisation. Avec les risques évidents d’essentialisation des identités unidimensionnelles - identité africaine, identité malgache, identité tamoule, identité chinoise, etc... - de ghettoïsation et d’occultation des richesses culturelles communes de la société réunionnaise, conduisant au communautarisme.
Cependant, dans cette phase de la formation sociale réunionnaise où nos diverses populations sont d’abord en quête de la reconnaissance de leur spécificité culturelle - chaque groupe veut avoir ses lieux de mémoire, ses institutions, ses jours fériés, etc... -, parler de métissage, d’hybridité, de fusion, c’est faire objectivement peu de cas du respect de la diversité culturelle, même s’il convient de mettre en garde contre une accentuation des particularismes.
La question essentielle aujourd’hui est comment reconnaître et favoriser notre diversité culturelle tout en consolidant et en enrichissant ce que nous partageons déjà : un tronc culturel commun à tous et issu des apports de nos différentes composantes (4). Mais comme c’est dans la rencontre et l’interaction que se structure la culture et qu’elle s’enrichit, l’interculturel, me semble-t-il, s’impose comme le concept le plus adéquat, tout simplement parce qu’il implique nécessairement les notions d’interaction, d’échange, de dépassement des frontières et une visée d’ensemble.
Reynolds Michel
*cf. “Le Quotidien” du 27/06/07 ; “Témoignages” du 27/05/07 ; “JIR” du 27/06/07.
(1) Alexis Nouss, “Plaidoyer pour un monde métis”, Textuel, 2005, pp. 26-27.
(2) Jean-Loup Amselle (anthropologue), “Le métissage : une notion piégée”, Sciences Humaines, n° 110, novembre 2000.
(3) cf. Interview par Pascale David de l’historienne Adriana Maya, in “Témoignages”, 9 octobre 2000, pp. 8-9.
(4) Laurence Pourchez, “Métissages à La Réunion : entre souillure et complexité culturelle”, in Africultures, janvier-mars 2005.
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