En mémoire de Jean Ivoula

17 juillet 2007

Le temps des élections a ceci de particulier que l’homme politique est soumis à tant de pressions que la parole se désinhibe, elle colporte n’importe quoi. La surenchère prend rang d’argument. Les polémiques s’habillent des oripeaux de la vérité. Certains crient à la rescousse des disparus pour disculper leur honneur mis à mal par des aigres fins qui ont alimenté leur déshonneur et leur mise au banc de la société. Ainsi cette allusion à Monsieur Jean Ivoula, apparue dans la campagne des législatives. Je dis bien Monsieur, avec un grand M, comme nous tous, bien sûr Jean avait des défauts. Pour l’avoir comme ami de 1979 à sa mort, je voudrais témoigner ici de son engagement pour La Réunion, les Réunionnais et spécialement tous ceux qui ont émigré des bidonvilles de la Ruelle Pavée, Butor, Lataniers, Viadère, Vauban pour rejoindre le nouveau quartier du Chaudron, le Chemin de l’église. Il avait de qui tenir, sa grand-mère d’abord, à qui il vouait une admiration sans borne. Son père, manutentionnaire, syndicaliste de la première heure. Jean s’est construit en se jetant à corps perdu dans les études. C’était une époque où l’ascenseur social s’alimentait par la réussite scolaire. École primaire, collège, lycée, des professeurs attentifs l’accompagnaient dans son ouverture au monde, à analyser et à nommer les iniquités. Très tôt, il a choisi l’engagement, la militance comme mode de lutte contre tous ces dysfonctionnements. Ce fut d’abord au sein du FJAR, qu’il quittait précipitamment, puis l’ADER, où il commit dans un recueil collectif “Ti Gris”, un texte où il donnait sa vision du Réunionnais. La culture était le champ où il déployait sa liberté. Ce fut le moment de notre rencontre, des heures entières nous échangions nos aspirations pour les Réunionnais, nous les voulions dignes, fiers, responsables, acteurs de leur propre devenir. Lui s’exprimait dans la poésie, moi, dans mes homélies en créole évangélisant nos quotidiens. Jacky, Christine, Marie Claude, Manout, Mina, Eulalie étaient nos compagnons. Cinq groupes d’alphabétisation démarraient dans les salles de catéchisme. A cette époque-là, Jean était surveillant au lycée Levavasseur. Puis il passait le concours d’agent du Trésor Public, retenu en cinquième position sur la liste nationale, il s’acquérait le droit de choisir son affectation, qui ne pouvait être qu’ici. Dans la foulée, il achetait la 4L du père Ralu, concomitamment il devint le responsable de notre groupe JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Dans la foulée de 1981, Les Lois Quilliot nous amenions sur les fonds baptismaux l’ADILSC (Association de Défense des Intérêts des Locataires de la SIDR du Chaudron) dont il fut le premier président. Devenu fonctionnaire, il profitait de ses samedis pour animer sur Radio Contact une émission pour les marmailles faite de Sirandane, Zhistoirs, devinettes dotés de prix qu’il achetait de sa poche. Puis il prit la présidence de la première association des chômeurs de La Réunion où se retrouvaient les Léar, Béton, Pla, etc... En ce temps-là, ZUP du Port et jeunes du chaudron se fréquentaient en dehors de toute idée politique. La Réunion son avenir nous intéressait. C’est en 1989 que le challenge l’a amené sur la liste de Gilbert Annette. Cette campagne lui fera brûler toutes ses énergies. Élu, c’est son quartier du Chaudron qui deviendra sa bataille, il développera des trésors d’attention pour tous ceux-là qui étaient les siens. 91 et 92 où coup sur coup, la révolte mettra sens dessus dessous le quartier, il mouillera sa chemise, fera preuve d’entregents pour que les institutions se penchent sur ce bout de ville. Louis le Pensec, Simone Veil, Edouard Balladur et d’autres ministres tenteront d’y apporter leur pierre. Il aimait dire : « que l’aménagement du territoire doit conjuguer l’aménagement des espèces et des espaces ». Sa présence était de tous les instants. 1993, candidat aux Cantonales, il battra le candidat Sudre. C’est toutes ses économies familiales qui passeront dans ses frais. J’en témoigne car j’étais son mandataire financier. Cette vie donnée sans compter, consumée ne pouvait durer et c’est ainsi qu’il prit le chemin d’une lente agonie. Aujourd’hui il nous reste sa mémoire, un Jean dont la vie est exemplaire en bien des points. Que sa mémoire ne soit jamais ternie. Je remercie Monsieur Jacques Ivoula et sa mère de nous avoir donné un tel ami, un tel politique. Que les politiques d’aujourd’hui prennent exemple sur cet aîné qui a su garder humilité et souci des plus démunis.

Alex Maillot, prêtre marié
Ex chef de projet du Chaudron
Chevalier de l’Ordre National du Mérite


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Témoignages - 82e année


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