Stéphanie, Stella, Virginie et Ingrid

18 juillet 2007

C’était l’autre jeudi, dans la petite église de La Saline les Hauts. Maîtrisant son émotion, tranquille derrière le micro et devant la foule pour ce qui est, en une telle circonstance, une bien dure épreuve, Stéphanie avait le regard et la voix de ceux qui mesurent la grandeur du moment. Elle doit avoir 17 ans, Stéphanie. La veille, Laurent, son frère cadet, Julie, sa petite sœur, et elle étaient arrivés de Shanghaï avec leurs parents pour assister aux obsèques de leur grand-mère réunionnaise, la maman de Geneviève.

Stéphanie est Shanghaïenne. Ses grands parents d’ici, elle les voit rarement. Sans aucun doute pressée à être attentive à l’évolution de la puissance de son pays émergent dans un monde qui lui fait désormais les yeux doux, Stéphanie a-t-elle toujours le temps de penser à ce petit caillou et aux vieux et aux frères et sœurs de sa mère qui y vivent ? Poussée par son père David à se préparer pour affronter les grands enjeux de demain, sait-elle encore accorder un peu d’attention à l’âge qui rentre et qui fait courber jusqu’à un jour partir ceux de la génération d’avant ses parents et que les océans isolent dans un coin du monde, à des milliers de kilomètres de cet autre univers où elle vit ?

Derrière le micro et devant la foule, à quelques pas du cercueil où reposait sa grand-mère, Madame Marie Félicité Ho-Lo, 71 ans, Stéphanie était admirable dans l’amour qu’elle mettait à dire, sans doute pour la première fois de sa vie, la prière universelle de l’Église...

En l’église Jeanne d’Arc du Port, vingt-quatre heures plus tard, nous avions les larmes aux yeux en écoutant Stella, Virginie et Ingrid dire tour à tour à leur grand-mère, Madame Aurélie Thérésa Fanchin, 82 ans, leur amour et leur reconnaissance pour leur « avoir inculqué le sens des valeurs » et pour les « avoir fait grandir dans la lumière de Dieu », lui dire encore qu’elle fut « Grand-mère, comme Amour, donné avec liberté, générosité, sincérité » comme pour « partager, regarder, se préoccuper de son prochain ». Grand-mère, lui diront-elles encore, comme Réconfort et comme Bonté, comme Gâteau et comme Foi, comme Prière et comme Famille, comme Souffrance aussi...

Derrière le micro et devant la foule, en le même lieu de deux parcelles de notre Terre, c’était la même émotion, dans les yeux, la même gravité dans la voix, la même douceur derrière les mots sans doute autres, mais tellement mêmes lorsque montent les souvenirs portés par des larmes d’adolescents qu’il faut essayer de ne pas montrer.

Stéphanie, Stella, Virginie et Ingrid : et si, par-delà vos pères et mères, vous étiez en vérité la trace d’éternité laissée par celles qui ont aussi aujourd’hui quitté notre monde ? Et si vous étiez en vérité le plus beau témoignage de ce que firent et ce que furent Marie-Félicité et Aurélie Théréza, ces « femmes-courage » qui traversèrent un siècle où disposer de seulement d’un peu était un privilège que l’on appréciait ?

Je le pensais jeudi et vendredi derniers en vous admirant dans la force tranquille que vous manifestiez et en pensant à vos deux grand-mères qui se sont senties bien fières de vous...

R. Lauret


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