Quand la foi est détournée

8 août 2007

Toute cette expédition à allure de commando autour du Petit lys d’amour, abondamment décrite par les médias, pourrait prêter à sourire et même à rire si le sort d’un jeune garçon n’était pas en jeu. Mais en dépit des mesures les plus fermes et les plus rapides envisagées en haut lieu par les principaux responsables de l’État, et des prises de position moins complaisantes attendues de la part de l’Église, on ne voit pas ce qui pourrait arrêter une telle montée de l’idolâtrie, de la superstition et du fanatisme ? Surtout dans une île, “terre de croyances”, comme le titrait naguère par euphémisme le Journal de la Réunion, dont l’histoire, marquée par l’esclavage et la colonisation, a été dominée par des siècles et des siècles d’obscurantisme, et qui subit de surcroît aujourd’hui les effets pervers de la société de consommation ?
Tant que certaines pratiques seront tolérées sinon encouragées, entre autres par l’Église, tant que la foi ne sera pas purifiée à la racine par un retour aux sources mêmes de l’Évangile dans son message d’amour fraternel, le risque ne demeure-t-il pas de voir se reproduire les mêmes débordements que nous avons connus ces jours-ci à travers un aussi vaste réseau de complicités ? C’est contre cette forme de croyance, ou plutôt de crédulité, que s’insurge le philosophe Alain quand il écrit : « Il n’est pas rare que l’on croie en Dieu comme on croit aux sorciers ». et « il y a une manière de se tenir à genoux qui vous jette à quatre pattes ».

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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