APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
16 janvier 2008, par

Nous allons peut-être lasser des lecteurs de “Témoignages” en revenant sur cette question des suicides à La Réunion. Mais peut-on faire autrement, si l’on veut aller à l’essentiel de l’actualité ? Et peut-on rester indifférent à ce phénomène social bouleversant : dix personnes en moyenne chaque jour à La Réunion tentent de se donner la mort...?
Il se trouve qu’après “le JIR-Dimanche”, deux autres médias ont parlé de ce sujet : lundi soir, Télé-Réunion a diffusé un reportage sur le travail admirable accompli par les bénévoles de l’Association Prévention Suicide (APS), qui sont 24 heures sur 24 à l’écoute des personnes en souffrance mentale. (1) Et hier, “le Quotidien” a publié une enquête sur les moyens susceptibles d’être mis en œuvre pour empêcher les suicides par les sauts des ponts routiers.
Il est bon que les médias parlent de ce problème. Mais il faut aller bien plus loin dans son analyse et faire connaître toutes les remises en cause que nécessite sa solution. Car il ne suffit malheureusement pas de quelques bénévoles à l’écoute, au bout d’un téléphone, ni de murs ou de réceptacles en contrebas des ouvrages d’art pour éviter les tentatives de suicide.
Déjà, il faut être conscient que parmi les personnes en grande souffrance mentale dans le pays, il n’y a hélas pas seulement celles qui essaient de se suicider (3.500 par an, ce qui est déjà énorme) ; il y a aussi toutes celles qui dépriment et celles qui surmontent leurs difficultés quotidiennes en ayant recours à l’alcool, au tabagisme et aux autres drogues, avec toutes les conséquences de ces dépendances sur leur santé physique, leurs moyens de vivre, leurs conditions de vie et sur leur entourage familial ou autre. On pense aux différentes formes de délinquance, aux violences familiales etc.
Cela fait donc des dizaines de milliers de personnes qui sont confrontées à ces difficultés pénibles et parfois terribles. Or, on ne peut pas laisser croire - à l’image de l’idéologie dominante - que des drames comme les tentatives de suicide ou les addictologies sont des phénomènes délimités à la sphère du privé, strictement intimes. Il n’est pas juste de penser que ces failles psychologiques internes n’ont rien à voir avec l’état de la société au sein de laquelle vit la personne en détresse.
En réalité, laisser entendre que ces déchirures morales parfois porteuses de mort sont uniquement une question de désarroi personnel conduit à ne pas revendiquer une action de la société pour faire échec à ce fléau. Cela pose tout le problème de la responsabilité des pouvoirs et des services publics face à un problème de nature sociale.
Ne pas faire le maximum, lorsqu’on est en charge de la société, devant toutes ces détresses individuelles - en prétendant qu’elles n’ont aucun lien avec la société où évoluent les personnes victimes de ces souffrances - est une attitude irresponsable voire criminelle. Car ses effets sont dramatiques.
Lorsque la loi du marché condamne des centaines de milliers de Réunionnais à vivre dans le chômage et la précarité, sans pouvoir d’achat pour leurs besoins élémentaires et dans l’angoisse pour l’avenir de leurs enfants, dans la mal-santé et le mal-logement, dans un monde d’inégalités criantes, cela a obligatoirement un impact sur leur équilibre mental. Cela engendre chez les plus fragiles des situations où l’addictologie et le suicide deviennent parfois des portes de sortie, qui finissent par avoir pour eux - paradoxe tragique - plus de sens pour eux que la vie qui est la leur.
Voilà pourquoi nous devons combattre ensemble les politiques de casse sociale de l’UMP qui sont au service de cette loi du marché. Des politiques qui aggravent notamment les carences des services publics devant entourer les personnes en difficultés.
10 tentatives de suicide à prévenir par jour à La Réunion : voilà un enjeu des prochaines élections qui ne restera pas tabou pour “Témoignages”.
L. B.
(1) On peut joindre par téléphone l’APS au 0800 62 01 62 et SOS Solitude au 0800 100 925.
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