Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
13 janvier 2009

Avec sa magistrale reculade, le ministre de l’Education nationale a ouvert la voie aux paris : Darcos a-t-il perdu ? Les lycéens ont-ils gagné ? Que va-t-il se passer en janvier ? Serons-nous touchés par le syndrome grec ?...
Questions importantes certes, mais qu’il devient urgent de reformater dans une interrogation plus brutale : quelle vision de la jeunesse a donc l’actuel pouvoir ? (...)
Du point de vue de l’Education, la réponse ne fait malheureusement guère de doute, car l’accumulation des faits parle d’elle-même : arrêt de la scolarisation des deux ans, remise en cause générale des maternelles et de leurs personnels, mise en extinction des R.A.S.E.D., intégration à marche forcée des IUFM dans les universités, couplée avec la baisse des recrutements et la décision pour le moins précipitée de fixer tout nouveau recrutement au niveau du master, suppressions de postes par dizaines de milliers dans les lycées et collèges à chaque loi de finances, appauvrissement des contenus, menaces sur la voie technologique. Le Supérieur n’est pas mieux servi, avec une loi dite L.R.U (Libertés et Responsabilités des Universités) qui marginalise les universités isolées (celles de l’Outre-mer le sont toutes) et qui, à La Réunion, supprime dès cette année un premier contingent de cinq postes d’enseignants au motif que notre université serait “surdotée” (vous avez bien lu) par référence aux normes nationales. Pour la mobilité formative, même champ de ruines : abandon de la dotation de continuité territoriale (que nous avions très largement utilisée en faveur des scolaires), remise en question du financement des P.I.J (Projets Initiatives Jeunes) et du passeport mobilité. (...)
Même son de cloche du côté de la formation professionnelle. Le transfert à la Région des formations médico-sociales s’est fait sans respecter le principe d’équité budgétaire (« compensation à l’euro près », avait dit en son temps l’inénarrable M. Raffarin). Autre exploit : M. Darcos a décidé de réduire à trois ans(au lieu de quatre) la préparation au baccalauréat professionnel, ce qui raccourcira la formation de ces futurs bacheliers, tout en poussant nombre de familles à faire le choix d’une simple orientation en CAP : économie d’un an pour l’Etat, contraintes d’équipement supplémentaires pour les Régions. Dans le même temps, Christine Lagarde cherche à récupérer au profit de son ministère le “magot” de 26 milliards d’euros consacré chaque année à la formation professionnelle et géré jusqu’ici dans un cadre paritaire (gouvernement, patronat, syndicats, Régions). Est-ce faire preuve d’un alarmisme excessif, dans le contexte économique que l’on connaît, de craindre une réorientation de ces fonds vers des voies n’ayant que peu de liens avec la formation des salariés ?
On pourrait poursuivre cet état des lieux dans bien d’autres domaines, notamment la Recherche ou à la Culture. (...) En fait, le constat est partout le même : bourses insuffisantes, salaires de misères (avec obligation pour beaucoup de passer sous les fourches caudines des emplois aidés ou des stages à répétition) crédits à la baisse, formations tronquées, promotions en chute libre, intégration impossible, accompagnement social remplacé par l’épée de Damoclès judiciaire, réformes malthusiennes, refus de la consultation et du dialogue, stigmatisation par la presse aux ordres (que de reportages sur les mouvements lycéens ou étudiants ne résume-t-on pas a des images de vitrines brisées ou de voitures brûlées !).
Il faut redresser la barre, et de toute urgence. Car faire de la politique, au sens noble du terme, c’est gérer le présent en préparant l’avenir. C’est ouvrir à la jeunesse les voies du savoir, de l’éducation, de la formation, de l’intégration sociale et professionnelle, de la vie citoyenne, de la gestion future des choses de la cité. C’est, ce faisant, l’associer à une vision de l’avenir dans laquelle elle pourra se projeter, canaliser son enthousiasme, exprimer sa générosité, orienter ses compétences, vaincre ses craintes, dépasser les périodes de doute ou de déprime qui sont en embuscade sur son chemin. (...)
Dans la société de plus en plus férocement inégalitaire qui se construit sous leurs yeux, les jeunes n’ont guère à se mettre sous la dent que les larmes de crocodiles que les cassandres officielles versent sur les contraintes de la mondialisation, les dangers de la récession, les rebondissements de la crise. (...)
On se révolterait pour moins que ça, et le pouvoir actuel serait bien avisé, s’il en est encore capable, de revoir ses priorités et ses programmes, de réorienter ses financements (...).
Peut-être est-il temps pour lui de voir en la jeunesse une chance plutôt qu’un fardeau, un investissement porteur d’avenir plutôt qu’une cause de gaspillage. De montrer qu’il respecte les jeunes, s’il entend être respecté par eux. Sans formules, ni slogans, mais par des actes. On en est loin.
Raymond Mollard,
Conseiller régional
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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