Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Irak
Inquiétude, regret et colère sur tous les continents
19 mars 2003

Au lendemain de l’ultimatum lancé par le président américain George W. Bush à son homologue irakien Saddam Hussein, la perspective d’une guerre en Irak a reçu le soutien du Japon, de l’Australie et des Pays-Bas, et créé une tension sans précédent au sein du gouvernement britannique.
En dehors des dirigeants des pays soutenant l’invasion de l’Irak, les réactions des gouvernements et des opinions publiques oscillaient entre l’inquiétude, le regret et la colère.
Alors que le compte à rebours a commencé mardi, le Japon et l’Australie ont exprimé leur soutien à Washington. « C’était une décision inévitable », a déclaré le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi, alors que son homologue australien, John Howard a promis une contribution militaire à hauteur de 2.000 hommes en cas de guerre en Irak.
En Grande-Bretagne, principale alliée de Washington, l’affaire irakienne a entraîné mardi une crise intérieure : trois membres du gouvernement ont démissionné pour marquer leur désaccord envers la politique de Tony Blair (voir encadré). La France et l’Allemagne, fermement opposés à l’intervention militaire en Irak, ont réaffirmé leur refus d’une guerre sans l’aval de l’ONU, une position partagée par le Vatican. « Il n’y a pas de justification à une décision unilatérale de recours à la guerre » en Irak, a affirmé le président français Jacques Chirac. « S’affranchir de la légitimité des Nations unies, privilégier la force sur le droit, ce serait prendre une lourde responsabilité ».
Pour sa part, le chancelier allemand Gerhard Schroeder a lancé : « Est-ce que la menace posée par le dictateur irakien justifie une guerre, qui est certaine de tuer des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ? Ma réponse dans le cas présent est non ! ». Pour le Vatican (voir encadré), « quiconque décide que tous les moyens pacifiques disponibles en vertu du droit international sont épuisés assume une grave responsabilité devant Dieu, sa propre conscience et l’Histoire ».
De leur côté, la Chine et la Russie espéraient encore hier trouver une solution pacifique à la crise. Alors que le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov devait s’envoler pour New York, son porte-parole Alexandre Yakovenko a souligné qu’« il n’y avait aucune base pour dire que (...) le "temps pour la diplomatie est passé" ». Quant au nouveau Premier ministre chinois, Wen Jiabao, il s’est dit prêt à poursuivre « tous les efforts » pour parvenir à un règlement pacifique, tout en appelant Bagdad à une coopération active. « Tant qu’il y a une lueur d’espoir, nous n’abandonnerons pas nos efforts pour un règlement pacifique », a-t-il déclaré, tout en admettant que « la flèche est déjà placée sur l’arc ». Le ministre adjoint des Affaires étrangères Alexandre Saltanov a précisé pour sa part à l’agence Interfax qu’environ 25 diplomates russes travaillaient toujours à l’ambassade russe de Bagdad.
Le Mexique et l’Inde ont également exprimé leurs regrets face à la position adoptée par Washington, tandis que la presse cubaine déplorait « l’arrogance » américaine et « le coup d’État mondial » de George W. Bush. La Ligue arabe a pour sa part rejeté l’ultimatum américain et le Pakistan a annoncé la tenue aujourd’hui d’une session parlementaire extraordinaire.
La réaction la plus ferme est venue de l’Indonésie, le pays musulman le plus peuplé de la planète. Des organisations islamistes ont manifesté à Djakarta et prédit la naissance de « milliers de nouveaux Oussama ben Laden ». « Cela ne vaut pas la peine d’en appeler au gouvernement (américain) », a estimé de son côté le Premier ministre malaysien Mahathir Mohamad, ajoutant qu’il fallait s’adresser directement à l’opinion publique américaine pour forcer l’administration Bush à éviter la guerre.
La Corée du Sud s’est déclaré inquiète car la tension dans la péninsule coréenne, due au programme nucléaire nord-coréen, pourrait s’aggraver avec la perspective d’une guerre en Irak.
| Bagdad rejette l’ultimatum et demande la démission de George Bush |
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| Après le fils aîné de Saddam Hussein, les plus hautes instances exécutives irakiennes ont rejeté à leur tour mardi l’ultimatum lancé par George W. Bush qui exige l’exil du président irakien et de ses deux fils sous 48 heures. La décision de rejeter l’ultimatum américain a été prise lors d’une réunion conjointe des responsables du Conseil de commandement de la révolution et du Parti Baas au pouvoir, a rapporté la chaîne de télévision irakienne al-Shabab. Le communiqué publié à l’issue de cette réunion conjointe et lu par un présentateur de cette chaîne condamne l’ultimatum lancé par le président Bush. « L’Irak ne choisit pas sa voie par l’intermédiaire des étrangers et ne choisit pas ses dirigeants sur décret de Washington, Londres ou Tel Aviv », souligne ce communiqué. « La marche de la lutte continuera contre les agresseurs américains, anglais et sionistes ». Peu auparavant, le fils aîné de Saddam Hussein, Oudaï, avait déjà rejeté l’ultimatum de George W. Bush. Il a para ailleurs émis l’idée que c’était au président américain de démissionner. Dans un communiqué diffusé par le ministère irakien des Affaires étrangères, Oudaï Hussein a ainsi rappelé que George W. Bush est « instable » et qu’il « devrait abandonner le pouvoir en Amérique avec sa famille ». Toute attaque contre l’Irak, a souligné le communiqué, provoquera « les pleurs incessants des femmes et des mères de ceux qui nous combattent ». Et de prévenir : « ils ne devraient pas s’imaginer qu’il y aura un seul endroit sûr pour eux à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Irak ». |
| Le Vatican met George Bush face à sa « grave responsabilité devant Dieu » |
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| « Quiconque décide que tous les moyens pacifiques disponibles en vertu du droit international sont épuisés assume une grave responsabilité devant Dieu, sa propre conscience et l’Histoire », a fait savoir hier le Vatican. Ce bref communiqué du porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, reflète la fermeté de la position adoptée dans la crise actuelle. Depuis plusieurs semaines, le pape Jean Paul II et les responsables du Vatican ont élevé la voix contre l’éventualité d’une guerre en Irak. Selon le Souverain pontife, l’usage de la force doit être le dernier recours, après que tous les autres moyens pacifiques ont été épuisés. |
| Jacques Barrot : un "Munichois" à l’UMP ? |
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| L’ambiance était résignée chez certains membres de l’UMP lors du Congrès parlementaire de lundi. On songe déjà à la reconstruction de l’Irak. Le président du groupe UMP Jacques Barrot, qui avait déjà mis en garde contre le risque de fracture avec les États-Unis, leur a donc tendu la main en offrant les services de la France pour l’après-guerre. « Il n’y a pas une minute à perdre pour réfléchir à l’après-guerre », a-t-il prévenu, « on ne sera pas de trop dans cette affaire, tous ensemble, les démocraties, pour construire la paix ». « Les États-Unis comprendront que nous pouvons apporter à leur côté pour construire la paix une aide tout à fait appréciable », a-t-il dit. « On a un rôle très utile, très constructif à jouer, il faut nous y préparer dès maintenant ». |
| Lâché par trois ministres, Tony Blair rend la France responsable de son échec |
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| Tony Blair a reçu un sérieux coup de semonce avec les démissions de trois membres de son gouvernement opposés à une guerre en Irak, augurant d’un débat parlementaire à hauts risques qui s’est ouvert hier en début d’après-midi. Le Premier ministre britannique Tony Blair a dû déployer tous ses talents oratoires pour lancer les débats à la Chambre des Communes, dont les députés étaient appelés à voter en faveur d’une motion gouvernementale autorisant « si nécessaire » la participation des soldats britanniques à une guerre en Irak. Dans un climat tendu, le Premier ministre britannique a commencé à parler en début d’après-midi. S’exprimant dans des termes particulièrement virulents, il a dressé son propre historique de douze années de négociations en Irak, en concluant par un cinglant réquisitoire contre la France. « Lundi, nous avons fait des efforts finaux pour parvenir à un accord. Mais le fait est qu’ils (les dirigeants français) sont restés complètement opposés à toute éventualité d’un ultimatum autorisant l’action dans le cas où Saddam ne se soumettrait pas », a conclu Tony Blair. Au cours de ce réquisitoire, l’allié de George Bush a été interrompu par plusieurs questions très critiques de députés, certains lui demandant d’expliquer pourquoi il fustigeait la France plus que les autres pays réfractaires à une guerre, comme la Russie ou la Chine. Evitant d’y répondre, Tony Blair a jugé « triste » l’absence de soutien actuel du président français Jacques Chirac. « Ce sont des troupes britanniques et américaines qui sont là-bas, pas des troupes françaises », a-t-il souligné au passage. « Cook, première victime de la guerre », titrait mardi le "Daily Telegraph". Salué lundi soir par une ovation des députés britanniques, Robin Cook, ministre démissionnaire des relations avec le Parlement et ancien secrétaire au Foreign Office, a expliqué : « Je ne peux pas soutenir une guerre sans accord international ou sans le soutien du pays ». Au petit déjeuner mardi, Lord Philip Hunt, sous-secrétaire d’État à la Santé, lui emboîtait le pas. Et une heure avant le coup d’envoi d’un débat parlementaire sur l’Irak, le secrétaire d’État à l’Intérieur John Denham proclamait à son tour son désaccord avec la politique guerrière de Tony Blair en Irak. En revanche, à la surprise générale, la ministre travailliste du Développement international Clare Short, qui avait menacé avec fracas de quitter son poste en cas de guerre sans feu vert de l’ONU, ne démissionnera pas du gouvernement. |
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