Luttes sociales

Assistants d’éducation : administration sans cœur

Un nouveau gâchis menace notre jeunesse

Manuel Marchal / 16 juin 2009

Depuis bientôt une semaine, les assistants d’éducation campent devant la préfecture. Ils sont en lutte pour préserver leur emploi. À terme, ce sont plus de 1.500 jeunes qui risquent d’être jetés au chômage après avoir enchaîné jusqu’à 11 ans de contrats précaires dans l’Éducation nationale. Demain, une grande journée d’action est prévue.

11 ans de travail dans une entreprise, des diplômes, des compétences, une expérience : à moins d’être confronté à des difficultés économiques insurmontables qui amènent à cesser toute activité, un employeur va tout faire pour garder dans son entreprise un tel travailleur. Tel n’est pas le cas de l’administration qui dirige le système éducatif en place à La Réunion. Cette administration décide de licencier dès les mois à venir plus de 300 jeunes, ce qui laisse planer la plus grave des menaces sur la pérennité des emplois de plus de 1.500 jeunes Réunionnais qui travaillent au service de l’État dans l’Éducation nationale.
C’est un nouveau gâchis qui menace notre jeunesse.
Depuis de nombreuses années, ces jeunes enchaînent les contrats précaires. Cette situation est maintenant illégale. Une directive européenne oblige un employeur public à transformer les CDD constamment renouvelés en CDI. Cette directive européenne a été inscrite dans la loi de la République avec la loi Dutreil. À partir de 6 années de contrats précaires, le CDI est un droit. Tous ces jeunes sont dans cette situation, ils ont droit à un CDI.
Dès le 23 mars dernier, la sénatrice Gélita Hoarau avait annoncé son soutien à la lutte de ces jeunes pour l’emploi, avec l’application de cette loi. « En métropole, l’application de cette loi a permis d’intégrer en CDI 8.932 personnes dans la fonction publique, dont 6.041 dans l’Education Nationale selon le rapport d’information présenté par les députés Pancher et Dérosier en juillet 2008 », avait indiqué la sénatrice. Cette intégration selon la loi, c’est la revendication portée par les jeunes, et elle a raisonné dans les cortèges des manifestations du COSPAR les 5, 10 et 19 mars.

Soutien de Gélita Hoarau et d’Élie Hoarau

Jeudi dernier, les deux collectifs de défense des assistants d’éducation ont annoncé leur volonté de se rassembler pour défendre l’emploi lors d’une conférence de presse commune avec le collectif Agir pou nout tout.
Vendredi dernier, outre Gélita Hoarau, les jeunes ont reçu le soutien d’un autre parlementaire, Élie Hoarau. Il leur a annoncé que sa première action au Parlement européen sera de demander au président du Conseil de l’Europe de rappeler le gouvernement français à l’ordre afin qu’il respecte la directive européenne en question. Le respect de ce texte permet une solution durable pour 1.500 jeunes Réunionnais. Ce vendredi également, une délégation composée panonnaise composée de Jean-Hugues Ratenon, président d’Agir pou nout tout, et de Daniel Gonthier, maire de la commune, ont fait part de leur protestation contre le traitement que l’administration fait subir à notre jeunesse.
La mobilisation se poursuit. Face à une administration sans cœur, les jeunes manifesteront demain.

Manuel Marchal


La mobilisation continue devant la préfecture

Les assistants d’éducation continuent à camper devant la préfecture ce lundi 15 juin 2009. Aucune avancée n’est à noter malgré la rencontre avec Roland Robert, président de l’association des maires de la Réunion, ce vendredi 12 juin. Ce dernier leur a assuré qu’il ferait le nécessaire pour intervenir auprès du préfet, Pierre-Henry Maccioni. Suite à cette réunion, les agents ont demandé à rencontrer le recteur et le préfet ce mercredi 17 juin.
Cela fera bientôt une semaine que les assistants d’éducation se relaient devant la préfecture pour tenir le campement qu’ils ont installé. Un campement de fortune fait de toiles et de bâches qui résiste tant bien que mal au mauvais temps. À l’intérieur, on y trouve des chaises, une table et de quoi se nourrir. Les pull-overs sont également un objet indispensable alors que l’hiver austral s’installe peu à peu.
Dans l’abri, une dizaine d’assistants d’éducation tiennent le piquet de grève 24 heures sur 24. Ce sont souvent des pères et mères de famille qui ont décidé de se mobiliser « pour la bonne cause ». Une mobilisation qui attire le regard des passants et des automobilistes. De temps à autre, des bruits de klaxon retentissent, en soutien aux grévistes. Les assistants d’éducation apprécient le geste.
Après une semaine d’action, « le moral est au beau fixe ». En effet, les assistants d’éducation ne veulent pas céder « face au mépris des autorités ». De plus, ils estiment que leur action paie puisqu’ils notent que « de plus en plus d’agents se mobilisent ». Ils regrettent néanmoins que les négociations n’avancent pas. C’est pour parvenir à débloquer la situation qu’ils multiplient les demandes de rencontres. Préfet, recteur ou encore association des maires, tous ont promis d’agir mais « il n y a rien dans les faits ».
Face à cette situation, les assistants d’éducation réclament la mise en place d’une réunion extraordinaire, à l’image de celle de 2003. Pour eux, « c’est la seule solution pour sortir de l’impasse ». Et pas question pour les grévistes de baisser les bras. « De toute façon, ce sont nos emplois qui sont en danger, donc nous n’avons rien à perdre en poursuivant le combat », affirment-ils.
Pour rappel, les assistants d’éducation, en grève depuis le 4 juin dernier, manifestent pour l’intégration de leurs collègues ayant plus de 6 ans d’ancienneté, conformément à la loi de 2005. Ils dénoncent aussi le projet de reclassement de 348 assistants d’éducation par le rectorat.