Économie et environnement
Pêche
7 janvier 2004
Les Réunionnais raffolent des bichiques. Mais ces précieux petits alevins gris, dont le prix du kilo sur le marché dépasse régulièrement les 30 euros, sont victimes de leur succès. Les autorités tentent aujourd’hui de mettre un peu d’ordre dans cette filière, que les scientifiques disent menacée par la sur-pêche et par les atteintes à l’environnement. Elles envisagent notamment de lutter contre la pêche intensive en mer.
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Les orientations fixées par Nicolas Sarkozy pour le budget 2005 risquent d’être catastrophiques pour l’emploi et le logement à La Réunion. (photo Imaz Press Réunion)
"Bichiques la monté". Cette expression, que l’on entend régulièrement à l’approche des fêtes de fin d’année, provoque une véritable ruée des Réunionnais sur les étals installés au bord des routes.
Il est vrai que les bichiques font partie du patrimoine culinaire du pays. Véritable "caviar créole", les précieux alevins sont pêchés là où les rivières se jettent dans la mer. Ils se négocient entre 30 et 45 euros le kilo.
En dépit de leur coût particulièrement élevé, les bichiques ne restent pas longtemps sur les étals. Il faut dire qu’ils sont assez rares et ne "montent" que trois à quatre fois par an.
Ils se mijotent en cari avec une bonne dose d’ail, de tomates, de safran, de thym, de piment, le tout accompagné du traditionnel riz blanc et de l’incontournable rougail mangues.
Mais avant d’arriver sur les tables, les bichiques font l’objet de bien des convoitises.
Traditionnellement, ils sont pêchés aux embouchures des rivières dans des canaux aménagés et soigneusement entretenus par leurs propriétaires. Et pour cause.
Les cabots (les "parents" des bichiques) vivent et se reproduisent en rivière. Mais, au moment de la ponte, ils gagnent la mer, où les œufs éclosent. Les alevins se mettent alors à remonter l’embouchure pour essayer d’arriver dans les rivières.
La plupart n’y arriveront pas et finiront leur route dans les "vouves". Ce terme vient du mot malgache "vovo", signifiant piège. Il s’agit de nasses de cocotier ou de raphia tressées artistiquement.
Cette méthode de pêche est aujourd’hui concurrencée par des pratiques plus radicales, comme l’utilisation de moustiquaires par exemple.
Évidemment, cela n’est pas sans conséquences multiples sur l’espèce, comme sur l’ensemble du biotope et du milieu environnemental lié à cette faune. Ce milieu a d’ailleurs lui aussi subi bien des transformations au cours des dernières décennies, en particulier le tarissement ou l’appauvrissement de nombreuses arrivées d’eau douce à la mer.
Résultat de la conjugaison de tous ces facteurs : au fil des années, les bichiques se font de plus en plus rares.
Pour enrayer cet inquiétant phénomène, les autorités tentent de mettre un peu d’ordre dans cette activité. Il faut savoir qu’il y a encore quelques années, certaines pêches se terminaient par des affrontements au couteau ou au fusil.
Pour préserver cette ressource, une Fédération des pêcheurs de bichiques de La Réunion a vu le jour. Avec les autorités, elle travaille à l’élaboration d’un dispositif qui permettra de réglementer cette pêche traditionnelle. Ou comment allier protection de la faune et plaisir des gourmets.
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