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Entretien avec François Payet, vice-président du Syndicat des apiculteurs de La Réunion

« C’est toute la biodiversité qui est en danger »

14 août 2009 Sophie PERIABE

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<p>La mouche bleue qui, à l'origine, a été introduite sur l'île pour lutter contre le raison marron est aujourd'hui en concurrence avec les abeilles.
(photo Imaz Press Réunion)</p>

La mouche bleue qui, à l’origine, a été introduite sur l’île pour lutter contre le raison marron est aujourd’hui en concurrence avec les abeilles. (photo Imaz Press Réunion)

Quels sont les impacts des dégâts de la mouche bleue à La Réunion ?
— Tout d’abord, il faut savoir que le CIRAD a introduit la mouche bleue pour lutter contre le raison marron, une espèce envahissante. L’objectif était que les espèces endémiques puissent reprendre leur place.
La mouche a, en effet, détruit le raison marron, mais elle l’a détruit trop vite, du coup, les espèces endémiques n’ont pas eu le temps de reprendre leurs places. Résultat : d’autres espèces envahissantes ont proliféré et sont plus dévastatrices.
D’autre part, le CIRAD n’a travaillé que sur les larves de mouche. Or, nous constatons aujourd’hui que la mouche bleue est en concurrence avec les abeilles. Déjà, nous n’avons plus de miel de raison marron, et les miellés de baie rose sont perdues dans l’Est. Aujourd’hui, les mouches s’attaquent aux letchis de Saint-Philippe à Bras-Panon. Par conséquent, les abeilles ne viennent plus, il n’y aura donc pas de miel de letchi et même pas de letchi du tout. C’est un véritable danger pour la biodiversité, pour les apiculteurs, les maraîchers et les cultures fruitières. Il faut savoir que la mouche bleue est attirée par tout ce qui est sucré.

Va-t-on vers une île sans abeilles ?
— C’est un risque, en effet, si rien n’est fait. Aujourd’hui, la production de miel est composée à 40% de baie rose, 15% de letchi et, le reste, miel de forêt. S’il n’y a plus de miel, il n’y aura plus d’apiculteurs, et donc plus d’abeilles.

Quelles seraient les conséquences pour La Réunion ?
— Je vais reprendre une expression d’Albert Einstein : « si l’abeille disparaît, l’Homme n’aurait que 4 ans à survivre ». Les plantes à fleurs ont besoin des abeilles, la pollinisation est essentielle à la reproduction des plantes, à la biodiversité. Sans abeilles, c’est fini.

Que comptez-vous faire au niveau du syndicat ?
— Au niveau du syndicat, on n’est toujours pas écouté. Nous envisageons d’intenter une action en justice contre X. Comme nous faisons partie de l’UNAF, l’Union nationale des apiculteurs de France, nous allons demander l’aide de l’avocat du syndicat afin de nous aider dans notre démarche. Donc, pour l’instant, nous attendons l’aide et les conseils d’un homme de loi, car le préjudice n’est pas seulement économique ; vous savez, nous, les apiculteurs, on est très proche de la nature, et là, c’est elle, la biodiversité, qui est en danger.

Entretien Sophie Périabe

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