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27 avril 2009
Le temps nous file entre les doigts. On ne s’en rend pas toujours compte. De tels moments, tiens, on s’en rappelle parfaitement, jusque dans les sensations alors ressenties, vécues, partagées. Pourtant, ces moments-là remontent à de bien belles années. C’était hier. Déjà hier… Tenez, on en parlait samedi après-midi, à l’occasion de l’Assemblée Générale de l’ORESSE.
J’y étais venu parce que, au moment où Marcel Dijoux allait présider pour sa toute dernière fois cet office qui gère les échanges à caractère sportif et socio-éducatif dans notre île, j’avais une grosse envie de me souvenir avec d’autres qu’en 2001, cette association avait connu des moments délicats, gênants. Il nous fallut alors, avec quelques-uns, saisir la justice parce qu’il n’était pas acceptable que la gestion de l’ORESSE se fasse dans l’approximatif jusqu’à connaitre d’inadmissibles dérives. Quelque huit années après, il convenait que le représentant du Conseil Régional salue le mérite de ceux qui, avec Marcel, « sans perdre de temps dans la recherche de responsabilité de cette situation, sans se réfugier derrière l’héritage d’une gestion catastrophique, ont alors paré au plus pressé et entrepris l’unique chose qu’il y avait à faire dans ces cas-là : tout mettre en œuvre pour sauver l’ORESSE ». La justice eut à faire son travail. Sans doute par modestie, Marcel Dijoux ne rappela pas dans son rapport moral qu’elle ne nomma pas un Administrateur pour gérer une association qui était pourtant en redressement judiciaire. Marcel, en sa qualité de président, eut la confiance du Tribunal pour réaliser cette tâche. Il la remplit parfaitement. Samedi, son départ de la présidence de l’Oresse était l’occasion qu’on se rappelle que notre île ne manque pas de ces bénévoles qui remplissent avec talent et au prix d’un travail sans relâche d’importantes responsabilités sans lesquelles il lui manquerait une grosse part de son âme.
Et puis, comment pourrais-je ne pas me souvenir moi aussi qu’il y a 20 ans, La Réunion accueillait le Pape Jean-Paul II ? Je “JIR” et “Le Quotidien” d’hier dimanche ne manquent ni de textes, ni de photos pour nous faire revivre l’événement. Je voudrai pour ma part vous relater ce que nous a un jour raconté Gilbert Aubry. C’était quelques semaines avant l’arrivée envisagée et sans doute déjà bien programmée du chef de l’Eglise catholique dans notre île. Un méchant cyclone avait alors sérieusement ravagé nos villes et nos campagnes. Et l’Evêque de La Réunion se demandait s’il était… disons décent que l’on maintienne une visite aussi solennelle, avec, qu’on le veuille ou non, la mobilisation de moyens forcément exceptionnels. Il se voyait déjà expliquant au Vatican que ce moment de communion que les chrétiens de La Réunion attendaient depuis toujours gagnerait à être repoussé de quelques mois, voire d’une petite année ; qu’il y avait tellement de détresse matérielle à redresser, de cases à reconstruire, de routes à refaire et de dossiers d’aides à population sinistrée à remplir ; et qu’il n’y aurait aucune difficulté à trouver dans le monde un pays qui désirerait nous remplacer dans l’agenda de Jean-Paul II.
Gilbert Aubry était là de ses réflexions quand il arriva, quelque part au Tampon, chez une paroissienne dont la petite maison avait subi les rafales du vent et n’avait pas résisté aux pluies torrentielles. Il avait à peine commencé à inviter la brave mère de famille à ne pas perdre courage que cette dernière lui dit : « Monseigneur, reusement le Pape y arrive bientôt ! Ça va faire à nous du bien ! Nout population y attende ça depuis tellement longtemps ! ».
L’Evêque de La Réunion connut alors l’une des plus profondes et silencieuses joies de sa vie. La réponse, toute simple, à la question qui lui taraudait l’esprit depuis plusieurs jours venait de lui être apportée.
Et quelques semaines plus tard, le 1er Mai 1989, comme prévu, Sa Sainteté Jean-Paul II baisait le sol de Gillot avant le lendemain, l’historique rencontre sur l’esplanade de La Trinité avec 120.000 Réunionnais.
R. Lauret
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