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Grève des livraisons de cannes à l’usinier dans toute l’île

Canne à sucre : Nouvelle conséquence des "accords scélérats" de 1969

23 juillet 2010 Manuel MARCHAL

La lutte menée par les planteurs depuis mardi est une conséquence des accords de 1969. Avant ces "accords scélérats", les planteurs n’avaient pas à se préoccuper de richesse estimée en sucre de leurs cannes. Ils avaient droit à 66% des revenus générés par les produits de la canne, sucres et alcools. Non seulement les planteurs continuent de subir les conséquences de plus de 40 ans de spoliation, mais en plus ils sont la cible d’un climat de suspicion.

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<p>Depuis cette année, c'est une coopérative de planteurs de betteraves qui est propriétaire des usines. Ce changement n'a pas permis de changer la situation de planteur réunionnais. Ce dernier est contraint de manifester pour se faire respecter.
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Depuis cette année, c’est une coopérative de planteurs de betteraves qui est propriétaire des usines. Ce changement n’a pas permis de changer la situation de planteur réunionnais. Ce dernier est contraint de manifester pour se faire respecter. (photo Toniox)

Commencée mardi dans le Nord et dans l’Est, la grève des livraisons de cannes s’est étendue le lendemain dans toute l’île. L’origine de cette mobilisation des planteurs se situe dans un climat de suspicion qui marque le début de cette première campagne sucrière à La Réunion sans usinier réunionnais. En effet, la présence d’observateurs de l’usinier à côté du chargement du planteur au moment de la mesure de la richesse en sucre par une sonde est la raison de la grève des livraisons de cannes. Les planteurs veulent être respectés, car cette manière de faire entretient un climat de suspicion.

Ce conflit est lié à une décision prise voici plus de 40 ans, il est une des conséquences des accords de 1969. Jusqu’à l’application de ces "accords scélérats", le planteur était rémunéré selon un calcul lié à la répartition des revenus tirés des produits de la canne, sucre et alcools notamment. 66% allait au planteur. L’objectif des planteurs était d’augmenter ce pourcentage, pour obtenir 68% comme à Maurice, et d’étendre son application à toutes les valorisations, comme la bagasse. Mais l’accord imposé par Jean-Paul Virapoullé et les usiniers allait totalement à l’encontre de cette revendication, puisqu’il prive les planteurs de la propriété des produits de la canne issus de la transformation de la plante. Les planteurs deviennent alors des vendeurs de matière première, payés en fonction d’un prix lié à la richesse en sucre du chargement. Pour calculer cette richesse, des dispositifs sont mis en place. Lors de l’arrivée des cannes à une balance, le chargement est donc pesé, et évalué avec un forage normalement aléatoire d’une sonde. Le résultat du sondage est analysé, donnant une estimation de la richesse en sucre de la canne, et c’est à partir de cette richesse que le revenu du planteur est calculé pour ce qui concerne le prix usine (39,09 euros par tonne pour une richesse de 13,8).

Tout ce système repose sur une décision prise voici plus de 40 ans, et qui a eu pour résultat de ruiner des milliers de planteurs et d’ouvriers d’usine. Or, comme l’indique l’aggravation de la crise à Maurice, la modernisation de la filière canne passe par une plus juste répartition des revenus de la filière, afin de donner les moyens aux planteurs de faire face à la hausse des prix des intrants.

Dans l’île sœur, c’est la mobilisation pour rechercher de nouvelles sources de revenus tirées de la canne, afin d’augmenter les revenus des planteurs qui doivent devenir des actionnaires de l’industrie de la canne. Ainsi, la méthanisation de la bagasse permettrait de produire deux fois plus d’électricité à partir de la même quantité de canne, précise "l’Express" du 12 juillet (voir page suivante). Cela démontre bien combien les accords de 1969 ont non seulement spolié les planteurs, mais également mené la filière dans une situation extrêmement difficile. Car si le mode de répartition des revenus tirés de la canne était resté sur la base 66% pour le planteur, le reste pour l’usinier, alors il n’y aurait pas besoin de connaître la richesse en sucre d’un chargement mais uniquement le tonnage. Car le planteur serait rémunéré sur la base de 66% des richesses tirées du tonnage de cannes livré au cours de la campagne.

 Manuel Marchal


Campagne sucrière perturbée

La grève des livraisons continue

Les usines de Bois Rouge et du Gol étaient toujours bloquées hier par les planteurs de cannes à l’appel des syndicats FDSEA, CGPER et Jeunes agriculteurs. Les grévistes entendent ainsi protester contre la présence d’un contrôleur de l’usine lors du prélèvement servant à analyser la richesse de la canne. Une revendication qui n’a pas été entendue lors des deux réunions du CTICS (Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre) qui ont eu lieu ce mardi 20 et mercredi 21 juillet. Aucune nouvelle réunion du CTICS n’est prévue pour l’instant malgré la demande des syndicats d’agriculteurs. « Nous réfléchissons à un durcissement du mouvement », annoncent-ils.
Pour rappel, les agriculteurs ont entamé leur mouvement de grève en bloquant l’usine de Bois-Rouge ce mardi 20 juillet pour protester contre des méthodes jugées « trop rigoureuses » d’analyse de la richesse de la canne. Méthode qui leur ferait perdre plusieurs points de richesse et donc de l’argent. Une première réunion au CTICS a permis d’obtenir la garantie que cette analyse se ferait désormais « de façon plus souple ». Reste la question de la présence du contrôleur de l’usine lors de ces prélèvements. Les deux réunions n’ont pour l’instant pas permis de trouver une solution.

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