APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
675 licenciements à La Réunion le 1er février...
4 février 2008, par

1er février 2008 : ce matin-là, 675 hommes et femmes ont basculé dans la trappe du chômage. Ils travaillaient dans l’Education nationale, aux services techniques, aux services administratifs, aux services de la vie scolaire. Ils y travaillaient depuis souvent 8 ans, 10 ans, plus parfois même. Ils ont été licenciés. (1)
Un drame intime et familial
On peut dire qu’ils ont été « éjectés » d’un système qu’ils ont grandement contribué à faire fonctionner. Ils détenaient des contrats aidés. Le ministre de l’Education nationale assène ce qu’il croit être un argument massue : « La vocation des contrats aidés n’est pas la pérennité, c’est l’insertion ». Affirmant cela à la députée Huguette Bello, il est doublement pris en faute.
Un : combien de fois la plupart de ces contrats ont-ils été renouvelés ? 2 fois, 3 fois, 5 fois... S’ils étaient aussi clairement précaires que cela, pourquoi avoir gardé ces travailleurs sur autant d’années ? Deux : combien de parcours de formation ont été ouverts aux titulaires de ces contrats ? Très très peu ; ils ont été en fait quasi inexistants. Drôle de façon de faire vivre cette « vocation » de l’insertion avancée par le ministre.
Chacun de ces licenciements représente un drame intime et familial. L’expérience est traumatisante. On est mis brutalement −avec ses proches− en face d’une violence inouïe, qui vous décrète “inapte”, qui vous dépouille de votre utilité sociale, qui vous blesse au plus profond.
Un “tsunami” social
Mais au-delà de chacun de ces drames personnels, il faut mesurer l’ampleur du “tsunami” social qui s’abat sur La Réunion. Et pour cela les chiffres ne sont pas inutiles. Ni les comparaisons. Imaginons qu’à Paris, le 1er février dernier, les radios et les journaux du matin aient annoncé le licenciement ce jour de 55.000 travailleurs de la même entreprise. Eh bien, c’est l’équivalent de “nos” 675 licenciements réunionnais, à partir du rapport entre nos deux populations ! (2) .
Ce chiffre de 55.000 est encore sous-estimé. Si l’on fait le rapport entre les deux “populations actives ayant un emploi” −l’hexagonale et la réunionnaise (3)− on trouve, pour avoir un événement comparable, une charrette de 75.000 licenciements. Pour avoir une juste idée de l’impact du désastre des 675 licenciements du 1er février 2008, il faut donc le rapporter à ce chiffre de 75.000 licenciements en métropole, d’un coup.
A quand le déclic ?
La discrétion avec laquelle cette “saignée” d’emplois a été traitée dans les media réunionnais dominants n’est pas étonnante quand on connaît les partis-pris éditoriaux des uns et des autres. Mais elle renforce cette conviction que La Réunion a au pied un boulet qui freinera longtemps son développement si la chaîne n’en est pas coupée. Ce boulet, c’est le refus de notre système d’information, entretenue par le pouvoir, d’assumer honnêtement la réalité de notre société.
Imagine-t-on une “exposition médiatique” des 675 victimes −beaucoup plus, si l’on considère les familles touchées− qui serait à la hauteur de celle qui s’est enclenchée pour Valérie Bègue ? (4) Imagine-t-on que chaque bulletin d’information ouvre, sur une période de plusieurs semaines, sur cet événement ? Que les Réunionnais soient invités à réfléchir et agir en termes de solidarité et de responsabilité ? La donne sociale et politique en serait changée. La lutte pour un affranchissement de l’information est plus que jamais de mise.
A quand le déclic ? Le déclic du réveil.
Alain Dreneau,
(1) Le chiffre de 675 est peut-être hélas à réviser à la hausse, selon certaines informations.
(2) La population de la France hexagonale est en effet égale à 80 fois la nôtre (en chiffres arrondis) (63 millions contre 780.000 habitants)
(3) Les actifs ayant un emploi sont 230.000 à La Réunion contre 25 millions en France métropolitaine (en chiffres arrondis), soit un rapport de 1 à 110. Une traduction chiffrée du fait que le taux de chômage à La Réunion est beaucoup plus élevé qu’en métropole.
(4) Voir la “Tribune libre” intitulée « Autour de La Réunion... comme autour de Valérie Bègue » dans “Témoignages” du 2 janvier 2008.
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