Alon filozofé

« Abattre les murs de couleurs ! »

Billet philosophique

Roger Orlu / 12 décembre 2014

En guise de "billet philo", nous publions cette semaine de larges extraits de l’allocution très intéressante prononcée le vendredi 5 décembre dernier à La Possession par Fabiola Nirlo lors de la cérémonie réunionnaise en hommage à Nelson Mandela pour célébrer le premier anniversaire de son décès. Cette intervention, exprimée au nom de l’Association pour la Promotion du Génie Collectif Réunionnais (APGCR), met en avant plusieurs concepts philosophiques à retenir de l’œuvre du grand combattant sud-africain pour la liberté, contre le racisme et contre toutes les formes d’injustices.

« Nous retiendrons de l’immense héritage que nous a légué Nelson Mandela un héritage d’espoir et de devoir. L’héritage de l’espoir, c’est la fin de l’apartheid. Par leur combat et leur sacrifice, Nelson Mandela et ses frères combattants sont l’exemple que la fraternité triomphe de la haine, que la lumière triomphe de l’obscurantisme.
L’héritage du devoir, c’est la charge de cette exemplarité. Nous avons le devoir de faire autant sinon davantage que Nelson Mandela pour la paix, la tolérance, l’état de droit, la justice et les droits de l’Homme. Et à travers Nelson Mandela, c’est tout le peuple sud-africain qui nous transmet cet espoir comme ce devoir.

Un bel exemple

L’association que je représente se retrouve parfaitement dans le message de Nelson Mandela et de l’Afrique du Sud. Elle porte dans son titre ce besoin de promouvoir le génie collectif réunionnais pour grandir en Humanité.
Elle a été créée l’an dernier, à l’occasion du 350ème anniversaire de la naissance du peuple réunionnais, pour mieux connaître et promouvoir l’immense héritage transmis par nos aînés — le génie collectif réunionnais — afin d’avancer ensemble et durablement dans la fraternité réunionnaise.
Sur le front de mer de Saint-Paul, lieu d’arrivée de nos premiers ancêtres, notre association a allumé 350 bougies symbolisant à la fois « une flamme pour nos ancêtres » et « une lumière pour l’avenir ». C’était un acte de reconnaissance, de respect et une réflexion sur notre responsabilité pour les 350 ans à venir.
Notre association a également édité 30.000 exemplaires du "Code Noir". Nous croyons en la nécessité d’étudier l’histoire et de développer sa connaissance pour nourrir notre vivre-ensemble.
Nous avons également visité l’exposition permanente consacrée à l’esclavage à La Réunion, à travers les sculptures de Marco Ah-Kiem à l’Ilet Quinquina. Un bel exemple de talent créatif mis au service de la connaissance historique.
 

L’espoir et le devoir

Peuple d’immigrés, nous avons le monde en partage ; ne nous privons donc pas de partager avec le monde. En terre réunionnaise, le "Code Noir" a servi un pouvoir Blanc, exclusif. Durant près de 200 ans, le Noir n’avait aucun droit. À l’article 39, le "Code Noir" le qualifie d’ailleurs de « meuble ». Dans ce creuset réunionnais où la mort et la souffrance rôdaient à tout instant, est né un peuple... avec son génie collectif.
C’est peut-être cela qui doit être en résonance avec les besoins du monde contemporain. L’espoir que dans les pires moments, la lumière peut jaillir ; et le devoir de préserver le fragile équilibre de la paix.
À cet instant, je rêve d’un pont entre l’Afrique du Sud et La Réunion, sans frontière, et donc sans visa. Ce pont existe déjà entre La Réunion et le continent des Blancs. Saisissons le message de Mandela qui nous appelle à user de notre génie inventif pour abattre les murs de couleurs qui empoisonnent l’humanité et empêchent la fraternité ».


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