Alon filozofé

« Alon batay kont la povreté ! »

Billet philosophique

Témoignages.re / 13 septembre 2013

Nous voudrions revenir dans ce "billet philo" sur un événement important, ignoré par les médias dominants, qui s’est déroulé dimanche dernier à Trois-Bassins, à l’appel du Comité de l’Appel de l’Ermitage pour l’Abolition de l’extrême pauvreté à La Réunion, avant 2015. Car si nous ne faisons pas de ce combat émancipateur de notre peuple une priorité en tant que Réunionnais, notre responsabilité citoyenne n’est-elle pas gravement mise en cause… ? Or, les participants à cette rencontre ont émis des propositions très intéressantes pour faire avancer ce combat.

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Laurent Tatoué, du Comité des Chômeurs et des Mal-Logés du Port, devant la Maire des Pauvres, Gilmée Vochré, et Raïssa Noël du Comité de l’Appel de l’Ermitage. « Alon donn anou la min pou batay ansanm ».

Allons réfléchir à plusieurs idées constructives qui ont été exprimées par les divers intervenants lors de la 3ème conférence du Comité de l’Appel de l’Ermitage sur le thème : "Comment sortir de la pauvreté à La Réunion par les Activités Génératrices de Revenus ?". La première de ces idées à prendre en compte pour sortir de la misère est de « valoriser le savoir-faire — voire le génie — des pauvres, qui ont souvent des talents et des compétences pour créer des emplois et de la valeur ajoutée en inventant des activités économiques, des ateliers créatifs, etc. ; et cela peut se faire au mieux par la voie coopérative ».

De nombreuses explications ont été données sur les atouts de cette voie, avec notamment « une démocratie très positive et un partage équitable des richesses dans l’entreprenariat coopératif ». Pour les responsables de Koud’Mains Services, « dans cette co-gestion entre coopérateurs, tout le monde se soutient, il n’y a pas de commandeurs, ni de profiteurs, mais une solidarité formidable, avec une expérimentation et une amélioration qui peuvent être constantes et prouver que l’on peut entreprendre autrement ensemble ».

« Nou vé pi i rozèt anou »

Lors du débat qui a suivi ces exposés des organisateurs de la conférence, le public a exprimé un soutien fort à toutes ces idées, car elles ouvrent des perspectives positives aux plus démunis. L’un d’eux, membre du Comité des Chômeurs et des Mal-Logés du Port, mais aussi chanteur, Laurent Tatoué, a notamment déclaré : « Nou vé pi i rozèt anou. Moin lé mizèr, mé mi zèt pa mon kor. Pou sa, alon batay kont la povreté ! É alon donn anou la min pou batay ansanm ».

Simone Yee-Chong-Tchi-Kan, de l’association Femmes Solidaires, a inscrit ces idées dans le cadre de la lutte pour un développement durable, solidaire et responsable. En effet, dit-elle, « la solidarité est une des valeurs fondamentales de la coopération d’intérêt collectif, avec un partage juste des bénéfices ; et dans une coopérative, les travailleurs décident eux-mêmes, de façon démocratique, ce qu’il faut faire ; mais pourquoi cette économie sociale et solidaire n’est-elle pas enseignée à l’école et pourquoi n’est-elle pas soutenue par les décideurs au pouvoir ? ».

Le pouvoir aux Réunionnais pauvres

Cette question en suscite une autre : si l’on veut créer à La Réunion un système socio-économique coopératif pour en finir avec le système capitaliste du profit aux effets tragiques, ne faut-il pas que le pouvoir soit remis notamment aux Réunionnais pauvres ? Ces compatriotes n’ont-ils pas le droit de participer aux prises de décisions qui concernent tous les secteurs de notre vie économique, sociale, culturelle, éducative, politique, etc.?

En tout cas, les idées émises lors de cette rencontre sur la lutte contre la pauvreté ont rejoint sur de nombreux points celles exprimées lors de la table ronde de samedi dernier au Port, au Marché des Associations, sur l’existence du peuple réunionnais. Ces échanges ont prouvé à quel point il est vraiment possible de créer un large rassemblement sur un projet de développement durable pour libérer le peuple réunionnais en lui donnant les moyens politiques et financiers de mettre en œuvre ce projet librement, démocratiquement, en partenariat équitable avec la France, l’Union européenne et les peuples frères de l’océan Indien. Encore faut-il vouloir ce rassemblement plutôt que de cultiver la division et les intérêts personnels…

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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