Alon filozofé

Alon mèt an lèr nout kiltir, nout lidantité, nout nasyon

Billet philosophique

Roger Orlu / 3 août 2012

L’ancien résistant et philosophe Edgar Morin ainsi que le journaliste et écrivain réunionnais Patrick Singaïny ont publié ensemble en mars dernier un livre très intéressant, intitulé : "La France une et multiculturelle". Dans cet ouvrage collectif, auquel ils ont ajouté une douzaine de contributions de divers chercheurs, intellectuels et responsables politiques de tous les continents, est posée avec force et pertinence la problématique culturelle et identitaire de la France dans le contexte de la crise socio-économique que traverse le pays. Voilà qui nous fait penser à l’importance de ce problème dans notre propre pays, ici à La Réunion, sur lequel nous devons avons une vision réunionnaise…

Pour Edgar Morin et Patrick Singaïny, il est très important de rappeler que la France « est une nation une et multiculturelle » mais que le précédent chef de l’État « l’a niée politiquement par la multiplication des discriminations, offenses, rejets à l’égard des populations immigrées ». Cette unité dans le respect de la diversité a été également à la fois valorisée et endommagée par des responsables de la République au cours des siècles précédents, durant lesquels « l’unité indivisible de la France », « riche de la diversité des cultures provincialisées », a été à la fois reconnue mais aussi mise en cause et défendue, « notamment au travers de la revitalisation des langues, des arts et des cultures de ces provinces ».

Ils ajoutent que cette « francisation multiséculaire s’est poursuivie au 20ème siècle par la francisation des immigrés venus d’Italie, d’Espagne, de Pologne, du Maghreb, d’Afrique, d’Extrême-Orient, etc. Ainsi, la France (…) est pleinement elle-même non seulement par sa diversité culturelle historique, mais aussi par les nouvelles richesses culturelles qu’elle a intégrées ».

Le but de ce livre est donc de démontrer la nécessité pour la République française d’ « inscrire dans sa Constitution, comme l’ont fait le Maroc et le Brésil, sa multiculturalité, car il est évident que l’unité et la diversité françaises doivent être fondamentalement liées. La diversité sans unité serait dispersion, l’unité sans la diversité serait homogénéisation artificielle et destructrice de richesses ».

« Respectueuse de la personnalité réunionnaise »

En lisant de tels propos, comment ne pas admirer le dur combat mené par le peuple réunionnais depuis trois siècles et demi pour faire respecter et valoriser à la fois les atouts de son unité et de sa diversité, face aux colonialistes diviseurs et assimilationnistes ? Et comment ne pas continuer à résister tous ensemble à la politique négationniste et méprisante des classes dominantes qui ne reconnaissent pas la spécificité de l’identité comme de la culture réunionnaise ?

Patrick Singaïny est très sensible à cette cause et il a déjà souvent exprimé sa solidarité avec ce combat mené par de nombreux militants culturels et politiques ces dernières décennies. D’ailleurs, dans le message envoyé à Manuel Marchal avec son ouvrage, il plaide avec raison « pour une île de La Réunion une et multiculturelle, et respectueuse de la personnalité réunionnaise ».

Une Réunion libre

En lien avec cette pensée fondamentale et dans la continuité des précédents "billets philo" consacrés aux 6 piliers du développement durable, rappelons que construire une Réunion libre,

• c’est créer une Réunion libérée d’une économie soumise à la dictature du monde de la finance et du marché ;

• c’est libérer notre peuple du chômage, de la précarité, de l’exclusion, d’un partage inégal des revenus et des moyens de vivre, de l’apartheid social, de toutes les discriminations et injustices ;

• c’est libérer notre île de toutes les formes de pollution ;

• c’est nous libérer des commandeurs parisiens et de leurs complices afin de donner le pouvoir à notre peuple dans une démocratie populaire ;

• c’est faire en sorte que nous soyons libres de construire un co-développement solidaire aussi bien avec l’Union européenne qu’avec les peuples de notre région ;

• c’est enfin nous libérer de toutes les formes de domination culturelle, identitaire, éducative, historique, linguistique, religieuse, idéologique… Autrement dit, face à une "zorèyification" aliénante, alon mèt an lèr nout kiltir, nout lidantité, nout nasyon rényoné, en faisant respecter et valoriser notre interculturalité réunionnaise, ouverte au monde.

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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