Alon filozofé

« Alon révolté ! »

Billet philosophique

Témoignages.re / 17 décembre 2011

Si notre préoccupation principale est le bien-être commun et le bonheur pour tous, le bien vivre ensemble et l’épanouissement de l’humanité, nous avons intérêt à nous consacrer à l’essentiel, plutôt qu’aux choses secondaires vers lesquelles les classes dominantes détournent notre attention du matin au soir. Et l’essentiel, comme vient de nous le rappeler le festival dionysien du film documentaire intitulé "Les Révoltés de l’Histoire", c’est quoi ?

Il y a de nombreux enseignements à tirer de la seconde édition de ce festival, qui nous a présenté au cinéma Plaza du 2 au 9 décembre la vie et l’œuvre de sept grands combattants de la liberté dans le monde, ainsi que la révolte de nos ancêtres esclaves en 1811 dans la région de Saint-Leu. Grâce à l’association Protéa, présidée par l’universitaire réunionnais Bruno Maillard, nous avons pu connaître les combats de résistants à toutes les formes d’oppressions que furent Bob Marley, Martin Luther King, Malcom X, Aimé Césaire, Frantz Fanon, Nelson Mandela, Patrice Lumumba et l’esclave saint-leusien Élie.
Ce qui a marqué la vie de ces personnalités dévouées aux grandes causes de l’humanité, c’est notamment le fait qu’elles ont été victimes de répressions atroces voire d’assassinats de la part d’une bourgeoisie raciste et fasciste. Or il est important de rappeler que les militants anti-colonialistes et démocrates à La Réunion ont toujours été solidaires des luttes menées par tous les combattants de la liberté dans le monde. Nous pensons par exemple aux actions menées par les communistes réunionnais pour soutenir les luttes de libération des peuples malgache, vietnamien, algérien et autres face aux colonialistes français, puis la lutte anti-apartheid du peuple sud-africain, et puis la lutte du peuple grec face aux dictateurs militaires, qui ont notamment tué le champion olympique, médecin et député communiste Georges Lambrakis, dont le nom a été donné en 1971 à un grand stade portois par la municipalité conduite par Paul Vergès…

Les combats des Réunionnais pour la liberté

Les 8 films présentés lors de ce festival nous font également penser aux combats pour la liberté menés depuis bientôt trois siècles et demi dans notre propre pays. Depuis la naissance de notre peuple en 1663, des femmes et des hommes ont constamment résisté au mépris, à l’infériorisation, aux violences et aux diverses formes d’exploitation dont ces personnes ont été victimes de la part "bann profitèr".
Malgré les multiples tentatives pour diviser le peuple réunionnais, pour lui prêcher la résignation et la soumission mais aussi pour diaboliser et réprimer ses résistants, nos compatriotes ont su faire preuve de détermination et de capacités à se rassembler dans toutes ces luttes pour la vérité et la justice. Depuis les premiers marronnages puis révoltes d’esclaves et d’engagés jusqu’à aujourd’hui, le monde du travail a été capable d’unir ses forces pour faire respecter ses droits ; ainsi, toutes les forces vives du pays ont su se rassembler dans le respect de leurs différences pour gagner des avancées sur le plan économique, social, culturel, environnemental et politique. Et qui peut nier la tâche accomplie notamment par les communistes réunionnais et leurs alliés dans ces avancées ?

Notre responsabilité principale

Or, comme dans les films des "Révoltés de l’Histoire" (du monde), que s’est-il passé avec ces révoltés de l’Histoire réunionnaise ? Ils ont été eux aussi violemment attaqués par les conservateurs du système en place.
En effet, les trois siècles et demi de la résistance réunionnaise aux colonialistes ont été marqués par de violentes répressions de la part de l’appareil d’État ainsi que de constantes injures et diffamations dans les médias officiels. Comment oublier les dizaines d’esclaves fusillés, décapités et emprisonnés après la révolte de 1811 ? Comment oublier les communistes et leurs sympathisants exilés par l’application de l’ordonnance scélérate de 1960 ? Comment oublier les « sept martyrs réunionnais » assassinés entre 1949 et 1978, dont parle Eugène Rousse dans son livre paru il y a un an ? Comment oublier les diverses tentatives d’assassinats dont ont été victimes Paul Vergès, Élie Hoarau, Pierre Vergès et d’autres dirigeants du PCR ?
Voilà quelques réflexions réunionnaises que peuvent susciter les huit films cités plus haut. À partir de là, notre responsabilité principale n’est-elle pas de nous unir pour achever la décolonisation de La Réunion ? N’est-ce pas là l’essentiel, comme le dit Paul Vergès dans le film "Sucre amer" réalisé en 1963 ? Donc, comme le disent de plus en plus de jeunes aujourd’hui dans notre île, « alon révolté ».

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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