Alon filozofé

Avec « équanimité », alon batay « pou in zistis sosyal »

Billet philosophique

Roger Orlu / 8 juillet 2016

Kosa i lé « l’équanimité » ? Ce concept peu connu a été valorisé avec force samedi dernier par le philosophe réunionnais Radjah Véloupoulé lors d’une conférence à Saint-Denis sur ‘’le bouddhisme, un chemin vers l’éveil’’. Cette valeur humaine signifie « l’égalité d’âme et d’humeur, la sérénité ».

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Le philosophe réunionnais Radjah Véloupoulé.

Comme l’a souligné Radjah Véloupoulé lors de cette conférence, « le bouddhisme fait partie des fondamentaux de la culture réunionnaise dans sa diversité ancestrale et son unité ». Et cette doctrine d’origine asiatique — surtout indo-chinoise — cultive notamment « l’éveil par l’extinction de l’ego et de l’illusion, et par l’altruisme » afin de « combattre 3 poisons de notre existence : l’ignorance, le désir, la colère ».

Il a également présenté les 4 remèdes préconisés par le bouddhisme pour faire face aux souffrances générées par ces poisons : 1) l’équanimité, c’est-à-dire une réaction sereine face aux choses agréables ou désagréables ; 2) la compassion, pour dire non à l’indifférence et à l’individualisme, et dire oui à la solidarité (« l’autre avant moi ») ; 3) l’amour universel pour tout ce qui est vivant ; 4) la joie, une démarche à cultiver en permanence pour le respect de l’autre. Et l’exposé du philosophe s’est terminé par ce dernier conseil hérité du bouddhisme : « suivez la voie de la sagesse et de la compassion ; quoi qu’il en soit, continuez, ne vous arrêtez pas ».

« La gouvernance »

Ces belles idées, qui font partie comme bien d’autres de la pensée créole réunionnaise, ont été exprimées dès le lendemain à Saint-André devant plusieurs centaines de personnes lors d’un magnifique « kabar LAPPL pou lanplwa lokal, pou loner Sudel Fuma ». Une vingtaine d’associations culturelles membres de ce collectif ont organisé ce kabar pendant tout l’après-midi avec le soutien d’une dizaine de groupes d’artistes aussi talentueux que rebelles.

Comme le disent les organisateurs, « l’objectif de cet ‘’Appel pour l’Emploi Local, à diplôme égal, Préférans Rénioné’’, est de mobiliser l’opinion publique, les élus locaux, les chefs d’entreprises et les responsables de l’État sur l’urgence de mettre un terme à la disqualification des Réunionnais en matière d’emploi, dans tous les domaines de la vie publique et plus particulièrement dans les sphères du pouvoir privant les Réunionnais de participer à la gouvernance de leur propre pays.
 Il s’agit de s’interroger sur la justice sociale, l’égalité entre tous les ressortissants de la République Française dans le traitement des postes à haute responsabilité, du développement des départements d’outre-Mer dans le domaine social, économique et culturel ».

« La Rényon lé touzour in koloni »

Ils ajoutent notamment : « le risque d’explosion sociale existe bel et bien dans une société qui se fonde sur la désertification et l’exil de l’emploi réunionnais, sur la maintenance d’une gouvernance franco-française, néocoloniale et sur l’inexistence de la dimension culturelle, sociale et identitaire. Le sens de cet appel est de mener une réflexion globale sur l’employabilité des Réunionnais » (pour en savoir plus, voir le site : http://lapll.re/)

Comme l’ont dit des chanteurs lors de ce kabar, « alon donn anou la min, alon mèt ansanm, La Rényon lé touzour in koloni, alon mèt anou anlèr ». Et comme le dit le Parti Communiste Réunionnais dans un communiqué du 27 juin sur la préparation du vote de la loi pour l’égalité réelle dans les Outre-mer, il « organisera une campagne d’informations, d’explications et de débats dans toute l’île » à ce sujet. En même temps, pour qu’il y ait une large concertation entre Réunionnais sur le contenu de cette loi, il « se tient à la disposition de toute personne, association ou organisation politique intéressée par ce débat ». Voilà pourquoi, avec « équanimité », alon batay ansanm « pou in zistis sosyal dan nout péi ».

Roger Orlu


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