Alon filozofé

« C’est à nous, Réunionnais, d’organiser notre société »

Billet philosophique

Roger Orlu / 27 février 2015

Le jeudi 19 février dernier, Jean Viracaoundin, président du Cercle Philosophique Réunionnais, a tenu une conférence-débat au Centre culturel Moulin Maïs de Saint-Louis, sur le thème "Insertion sociale / insertion professionnelle - réflexion épistémologique sur la réalité de ces processus dans une société tapis mendiant, La Réunion". Un thème vraiment d’actualité au moment où les problèmes sociaux du pays préoccupent de plus en plus de Réunionnaises et de Réunionnais. Cette rencontre a ouvert des pistes de réflexions et des perspectives intéressantes à ce sujet.

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Jean Viracaoundin, président du Cercle Philosophique Réunionnais, avec Joëlle Morel, membre du Bureau de l’association. (photo Amandine Hoarau)

L’an dernier, à l’occasion de la traditionnelle Journée Mondiale de la Philosophie célébrée le 3ème jeudi de novembre sous l’égide de l’UNESCO, la directrice de cette instance internationale a déclaré que cette célébration « est l’occasion de réaffirmer l’importance de la pensée critique pour appréhender les transformations des sociétés contemporaines ». Et pour Irina Bokova, « le changement nous pousse à inventer de nouvelles façons de vivre ensemble et de construire des sociétés plus justes ».
D’ailleurs, l’année précédente, comme cette Journée avait été célébrée sous le thème « Des sociétés inclusives, une planète durable », elle était présentée par l’UNESCO comme « une invitation à repenser les conditions de l’inclusion et de la durabilité dans des sociétés plus diversifiées, plus interconnectées entre elles et avec leur environnement ». Voilà — entre autres choses — à quoi doit servir la philosophie…

Une « catastrophe permanente »

C’est dans cet esprit que Jean Viracaoundin a ouvert son exposé lors de sa conférence sur l’insertion socio-professionnelle, en analysant d’abord la situation sociale à La Réunion, qualifiée de « problème grave » et de « catastrophe permanente ». Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle a souvent des effets dramatiques, avec une « marginalisation des victimes de la non insertion sociale et professionnelle ».

Ensuite, dans son approche épistémologique du problème, il a posé une question essentielle : celle de notre connaissance véritable des souffrances générées par le non-respect du droit au travail, dont sont victimes 30% des Réunionnais. « Est-ce que les chiffres correspondent à la réalité vécue au quotidien par ces personnes exclues du système de solidarité traditionnelle ? », a-t-il demandé.

Le rôle de « l’idéologie dominante »

Lors du débat avec le public, plusieurs réflexions intéressantes ont été émises à la fois par Jean Viracaoundin et les participants à cette rencontre, comme : « On a atteint une limite de notre société ; il faut d’urgence chercher de nouvelles solutions, sinon on va vers une catastrophe encore plus grave ». Parmi ces solutions, il a été dit que « nous devons inventer un système propice à un développement durable, solidaire et responsable » et que « c’est à nous, Réunionnais, d’organiser notre société pour créer un vivre ensemble fraternel ».

Ces réflexions vont dans le même sens que celles émises le 5 février dernier dans un entretien accordé à ‘’L’Humanité Dimanche’’ par la philosophe française Chantal Jaquet, pour qui « l’idéologie dominante » est utilisée « comme faire-valoir du bon fonctionnement de la société ». Pour changer la société, il faut donc notamment lutter en permanence contre les idées et les comportements des classes dominantes, qui imposent de fait leur système socio-économique injuste et leur idéologie aux autres classes sociales afin d’augmenter toujours plus leur profit.


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