Alon filozofé

Comment nous rapprocher les uns des autres

Billet philosophique

Roger Orlu / 8 octobre 2010

“Témoignages” a déjà publié deux documents importants au sujet des Journées internationales du rapprochement des Cultures organisées à la fin de la semaine dernière à La Réunion : d’une part, le message adressé par l’UNESCO aux participants à cet événement ; d’autre part, le discours prononcé par le représentant du Conseil général lors de l’ouverture de ces Journées au palais de La Source. À travers un bref compte-rendu de ces rencontres, nous voudrions aujourd’hui en tirer quelques enseignements afin d’essayer de voir comment créer les conditions d’un meilleur vivre ensemble dans notre île et dans le monde.

La réalité d’une société est toujours marquée par de nombreuses contradictions, comme l’ont souligné les différents experts qui sont intervenus lors de ces Journées internationales et réunionnaises du rapprochement des Cultures. Des rencontres fructueuses, organisées notamment par Sudel Fuma, professeur à l’Université et président de la Chaire UNESCO, Paul Canaguy, président du GOPIO (Global Organization of People of Indian Origin), et Sabine Amourdom-Paulic, présidente de l’ARRCC (Association réunionnaise des relations et créations culturelles).
Ainsi, dès la cérémonie d’ouverture, le docteur V. Nallam, président de l’Alliance française de Pondichéry et vice-président du Groupe de dialogue inter-religieux dans sa ville, a déclaré que « La Réunion est un exemple d’interculturalité » et il a salué le travail effectué par le militant réunionnais Julien Ramin avec son association humanitaire pour renforcer les liens de solidarité entre La Réunion et l’Inde. En même temps, Sudel Fuma a souligné à quel point il est important d’agir au maximum pour rapprocher nos cultures et pour « promouvoir des politiques du mieux vivre ensemble ».
D’ailleurs l’historien réunionnais a mis l’accent, dimanche soir à la mairie de Saint-Denis, lors du colloque sur la non-violence, sur « l’influence de l’esclavage et des autres formes d’asservissement » qui ont marqué tout notre passé, car aujourd’hui encore notre société est victime de multiples violences institutionnelles, politiques, judiciaires, socio-économiques, religieuses, culturelles, etc.

« Cultiver nos points communs »

Vendredi toujours, le professeur Joseph Yacoub, directeur de la Chaire UNESCO à Lyon, a félicité le peuple réunionnais en tant que « vivier de cohabitation et d’harmonie entre les différentes cultures ». Mais il a ajouté : « La cohabitation et la juxtaposition ne suffisent pas pour bien vivre ensemble, nous devons toujours chercher à nous rassembler, nous rapprocher, cultiver nos points communs, créer une interconnexion pour une meilleure cohésion sociale ».
Ensuite, Marie-Josée Thiel, ancienne responsable à l’UNESCO du patrimoine mondial et de la route de l’esclave, a insisté sur le fait qu’« il ne suffit pas de proclamer l’interculturalité, il faut encore la mettre en pratique », notamment dans l’enseignement. L’historien mauricien Jocelyn Chan Low a également démontré à quel point il est indispensable de « mettre fin à l’ignorance des crimes de l’esclavage et de la colonisation, pour contribuer à une culture de la paix et de nouvelles citoyennetés, en faisant un lien entre ce travail mémoriel et la lutte contre les injustices sociales ».

Appel à la jeunesse réunionnaise

Vendredi après-midi, à la Région, la docteure malgache Lucile Rabearimanana et le docteur pondichérien Pannirselvame ont évoqué les atouts des métissages dans leurs pays et l’historien réunionnais Prosper Ève a exposé « la force de l’africanité et de la malgachitude dans l’histoire de La Réunion ainsi que dans le patrimoine culturel réunionnais ». Un patrimoine que le président de la Région veut enterrer en cassant le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.
D’où l’appel lancé par Sudel Fuma à la jeunesse réunionnaise lors de la diffusion du film réalisé par William Cally avec lui sur « la route de l’esclave et de l’engagé en Inde ». Un appel à la prise de responsabilité par le peuple réunionnais dans la construction de son avenir sur la base d’un autre modèle de développement.

« Une responsabilité immense »

Ce concept de responsabilité a été repris deux jours plus tard au colloque sur la non-violence par plusieurs intervenants. En particulier par Idriss Issop-Banian, président du Groupe de dialogue inter-religieux de La Réunion, pour qui « notre île est porteuse d’une sagesse qui s’est construite sur l’interculturalité et sur l’égalité entre nos cultures ancestrales ; mais comme les séquelles de l’esclavage, de l’engagisme et de la colonisation sont toujours là, il y a encore beaucoup de changements à apporter pour bâtir une société réunionnaise harmonieuse et fraternelle ».
Il a conclu : « Nous devons rejeter le “ladi lafé” pour cultiver l’esprit de concorde, car nous ne sommes par une île idyllique. Les inégalités et tensions sociales, l’aggravation du chômage, le non-respect des droits des plus pauvres créent des risques croissants d’altération sociale. Nous devons donc prioriser le bien commun, faire preuve d’esprit de partage et de solidarité tous les jours afin de transmettre aux générations futures un vivre ensemble qui soit un joyau. C’est une responsabilité immense ».
Si nous voulons assumer cette responsabilité, ne faut-il pas avant tout chercher à nous entendre entre Réunionnais solidaires des plus pauvres pour partager un projet afin de tous nous rapprocher les uns des autres ?

Roger Orlu

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Hymne à la joie

Il est temps que la joie vienne
Et que toutes nos couleurs
Se confondent, se comprennent
Que s’accordent tous les cœurs
Après tous ces siècles de guerre
Ces fratricides organisés
Il est temps pour les frontières
D’être infiniment brisées
Après tant de villes martyres
Tant d’orphelins dans notre histoire
Il est temps de nous construire
Un espace pour l’espoir

Il est temps de voir un frère
Où tu voyais l’étranger
D’aimer ce qui reste à faire
Chanter ce qui peut changer

Il est temps d’éclairer la route
Pour l’avenir de nos enfants
D’aider tous les gens qui doutent
À ne plus douter des gens
Il est temps de se battre ensemble
Pour l’idéale liberté
Et si peu qu’on se ressemble
Pour l’idée d’identité.

Il est temps que la joie vienne
Et que toutes nos couleurs
Se confondent, se comprennent
Que s’accordent tous les cœurs.

Nana Mouskouri


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