Alon filozofé

Comment passer du « fait divers » à l’amour ?

Billet philosophique

Témoignages.re / 5 juin 2014

Il nous faut revenir dans cette chronique sur l’événement qui a marqué durant la semaine dernière l’actualité philosophique à La Réunion ; il s’agit bien sûr de cette fameuse première édition de la Semaine de la Pop Philosophie dans le pays. À l’initiative du mouvement Les Rencontres Place Publique, dirigé par Jacques Serrano, et en partenariat notamment avec l’École Supérieure d’Art de La Réunion (ESAR), cet événement a été marqué par sept rencontres publiques organisées dans plusieurs communes, avec des échanges intéressants sur des sujets très divers liés à notre société.

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Aude-Emmanuelle Hoareau, docteure en philosophie, ex-présidente du Cercle Philosophique Réunionnais.

À ce propos, nous allons parler de la rencontre animée le mardi 27 mai à l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis par Françoise Gaillard, historienne des idées, sur le thème : « Le fait divers, entre contingence et nécessité ». À cette occasion, il a notamment été souligné que « le fait divers témoigne souvent de la part maudite de la société » et que les philosophes comme tous les autres citoyen(ne)s sont invité(e)s à y réfléchir car « il pose la question du statut de l’irrationnel dans notre vivre ensemble ».

En même temps, la conférencière a insisté sur le fait que « le fait divers et souvent un fonds de commerce des médias dominants ; il doit donc faire l’objet d’un esprit critique et d’une résistance face aux mensonges et autres diversions dont nous entretiennent ces médias par rapport aux problèmes fondamentaux, ce qui est une forme de dictature de l’opinion ». En effet, dit-elle, on reste trop souvent dans « l’inexplicabilité causale » car « on nous cache la cause de la cause du fait divers ».

« La culture de l’absurdité »

Cette thèse a été confirmée concrètement le lendemain aux « Récréateurs » de Saint-Denis, lors de la rencontre avec Jean-Baptiste Farkas, artiste et professeur à l’ESAR, qui a fait un exposé très intéressant sur de nombreux films d’horreur. Il a notamment signalé à ce sujet, que ces projections cinématographiques sont avant tout « des imaginations exorbitantes qui mettent au rebut notre pouvoir d’analyse ».

Là encore a été rappelé le lien entre ce genre de productions et le monde des affaires car « ce sont ces films qui rapportent le plus » en pratiquant « la culture de l’absurdité » et « la satisfaction de l’envie au détriment de l’émancipation humaine ». Et lors du débat, un intervenant a souligné que « les films d’horreur nous éloignent des vraies peurs et des vrais problèmes de notre société ».

Le pli

Le dernier événement de cette Semaine de la Pop Philosophie que nous allons évoquer fut la rencontre du 28 mai aux « Potirons » de Saint-Denis avec la philosophe Aude-Emmanuelle Hoareau, et son compagnon, le philosophe Benoît Clay, sur « L’amour est dans le pli ». À ce sujet, l’ex-présidente du Cercle Philosophique Réunionnais a notamment expliqué qu’« à l’heure du mariage pour tous et du divorce généralisé, personne ne doute de l’amour, chacun le cherche dans les méandres du web, des speed dating et autres soirées échangistes. Le pli ? Juste une affaire de linge ? Un exotique origami ? Il existe une protéine rebelle nommée PrPsC, qui se contente de mal replier les autre protéines. Il ne faut pas être maniaque. Mais en l’occurrence, il s’agit juste du mystérieux prion et de la maladie de la vache folle. Que se cache-t-il donc dans le pli ? Le recoin d’une peau à la lisière du plaisir, ou le désordre de la carte Michelin qui ne veut plus rentrer dans l’ordre initial ? On marque les uniformes au fer pour générer les plis. En même temps, plier, c’est faire ployer, c’est in-former. L’amour est-il donc dans le pli ?

Gilles Deleuze a découvert un secret. La matière du monde n’en finit pas de se replier et de se déplier, à l’infini. Une déferlante. Une machine de désir. Elle explose les limites du possible. Elle est puissante, fascinante. L’amour est fait de cette matière et se loge dans le pli. Ce pli, nous l’explorerons ensemble, à travers des gestes et des mots, des images et des mouvements, non sans une bonne dose d’humour et d’autodérision. Nous irons traquer les sentiments et le désir, les démêler, les propulser dans l’espace. Nous redessinerons le paysage de l’amour pour qu’il soit immense, coloré, et qu’il ait la fluidité d’un rouleau d’océan, le pli étant pris entre les feux croisés de la moto et de la pole dance… ! ».

Effectivement, comme nous l’a fait comprendre le philosophe français Antoine de Saint-Exupéry, « s’aimer ce n’est pas seulement se regarder l’un l’autre, c’est aussi et surtout regarder ensemble dans la même direction ». Autrement dit, agir ensemble dans le même sens au service des autres. Voilà comment on peut passer du « fait divers » à l’amour, à la solidarité, à une société harmonieuse et à la fraternité réunionnaise…

Roger Orlu

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