Alon filozofé

Comment préserver, ne pas oublier et valoriser nos richesses culturelles ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 21 mai 2010

L’éducation citoyenne et populaire, la culture et l’identité constituent un pilier essentiel du développement durable, avec l’économie solidaire, la cohésion sociale, le respect de la biodiversité environnementale et la gouvernance démocratique. Mais cette dimension n’est pas suffisamment prise en compte par le pouvoir politique, et ce n’est pas innocent. Ce qui explique en partie le retard du développement de La Réunion

Vendredi dernier, la chaîne télévisée Tempo a diffusé un documentaire passionnant et bouleversant sur la colonisation de l’Amérique centrale par les conquérants espagnols au début du 16ème siècle (1519). Pour occuper le territoire, ceux-ci ont obligé les Mayas à se réfugier dans la forêt vierge et, dans les cités abandonnées par ce peuple opprimé, d’après la présentation de ce documentaire, ils ont découvert « des objets sacrés et utilitaires, mais aussi des milliers de livres rédigés selon un mystérieux alphabet composé de hiéroglyphes. Pour les très chrétiens envahisseurs, il ne peut s’agir là que de l’œuvre du diable : ils interdisent ces ouvrages et en brûlent un nombre considérable.
La tradition du peuple maya se perpétue néanmoins jusqu’en 1697, date de la prise de la dernière cité maya indépendante. Ensuite, ce qui fut l’une des plus grandes civilisations du monde sombre dans l’oubli. C’est au 19ème siècle que les premières fouilles sont entreprises dans les cités perdues de la jungle ». Il fallut presque deux siècles de recherches et d’études pour parvenir à déchiffrer la calligraphie du peuple maya et à comprendre sa langue.

Le délire anti-MCUR

Cette aventure, à la fois pénible et impressionnante, nous a fait penser à l’entretien de Jean-François Sita, publié par "Le Quotidien" du 3 mai. Dans cet entretien, le vice-président de la Région Réunion, délégué à la culture par la nouvelle majorité conservatrice de la collectivité, tente de justifier la casse de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR).
Les arguments de cet élu contre ce centre culturel indispensable au développement durable du pays sont lamentables car d’une profonde stupidité et scandaleux car d’une intolérance inouïe. En effet, selon lui, la MCUR est « un projet élitiste », alors qu’il est un service public ouvert à toute la population, comme le montre le travail effectué déjà depuis cinq ans par son équipe.
Il prétend aussi qu’« on a essayé d’enfermer la culture dans ce fameux musée », alors qu’au contraire la MCUR sera un lieu d’ouverture à tout le patrimoine culturel réunionnais afin de permettre à notre peuple et à tous les peuples du monde de s’enrichir intellectuellement de ce trésor que représente notre culture dans sa diversité et son unité.
Le bas niveau de la réflexion de M. Sita est illustré aussi par ses attaques personnelles méprisantes et insultantes, où il prétend que la MCUR « est un projet de caprice de fille à papa ». Voilà le niveau de la conscience politique de cet élu que traduit son délire anti-MCUR.

Un coup de poignard au peuple réunionnais

Lorsqu’on pense à ce crime qu’a subi le peuple maya, on fait le lien avec les propos de M. Sita. Comme les conquérants espagnols, il voudrait empêcher le peuple réunionnais de cultiver sa mémoire historique, de valoriser les atouts de son identité culturelle et de renforcer sa confiance en lui-même pour construire son avenir de façon libre et responsable.
Comment un élu réunionnais peut-il à ce point poignarder son propre peuple et tenter de perpétuer les graves atteintes à la culture réunionnaise durant des siècles de colonisation assimilationniste ?
D’une certaine façon, il confirme ainsi à quel point un lieu de rencontre et d’échanges comme la MCUR est plus que jamais nécessaire pour réparer les dégâts de cette politique négationniste.

Deux exemples

Deux événements de l’actualité — parmi beaucoup d’autres — ont illustré récemment l’importance d’un tel projet. Nous voulons citer d’une part une conférence organisée mardi dernier par l’Espace pour Promouvoir l’Intercuturalité à la médiathèque Benoîte Boulard du Port avec Tanh. Ce conteur d’origine vietnamienne a présenté toutes les richesses du Taoïsme et des philosophies taoïstes, qui font partie de nos cultures ancestrales et qui méritent d’être connues, comme toutes les autres.
Un autre événement que nous voudrions citer et qui fut également exemplaire a été la cérémonie organisée au Parc boisé "Fonnkèr Laurent Vergès" du Port le dimanche 9 mai par l’association MCUR Culture, recherche et action à l’occasion de la Journée nationale de commémoration de l’esclavage. Des Réunionnais de toute l’île — notamment des militants culturels et des artistes — se sont retrouvés pour partager des idées, des contes, des chants et des rappels historiques pour exalter le combat afin de réparer ce crime contre l’humanité que fut l’esclavage.
Voilà deux exemples qui montrent à quel point il est important de préserver, de ne pas oublier et de valoriser nos richesses culturelles. Ils montrent aussi comment cela pourra continuer à se faire notamment grâce à la MCUR.

Roger Orlu

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