Alon filozofé

"Créolité : enfermement ou ouverture ?"

Billet philosophique

Roger Orlu / 23 novembre 2012

Lundi dernier, à l’initiative d’enseignants et des responsables du collège de Mille-Roches à Saint-André, la célébration réunionnaise de la Journée mondiale de la philosophie sous l’égide de l’UNESCO s’est déroulée sous la forme d’ateliers philosophiques avec les élèves d’une demi-douzaine de classes de 6ème, 5ème et 4ème. Depuis grand-matin jusqu’au milieu de l’après-midi, des échanges d’informations et d’idées ont eu lieu entre les collégien(ne)s et un responsable du Cercle Philosophique Réunionnais sur le thème de "La créolité : un enfermement ou une ouverture ?".

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Chacun de ces ateliers a commencé par une présentation de la Journée mondiale de la philosophie et par un rappel de la demande de l’UNESCO à tous les États de pratiquer l’enseignement de la philosophie dans les établissements scolaires dès les classes primaires, au lieu d’attendre les terminales du lycée. Et cette journée dans un collège de Saint-André — après celle dans un collège de Sainte-Marie la semaine précédente — a de nouveau prouvé que les "marmay nout péi lé kapab filozofé" dès le plus jeune âge.

Ensuite, on leur a présenté ce qu’est la philosophie et ils ont débattu du sens de "l’amour de la sagesse", comme moyen d’analyser notre société et de la transformer, en se posant des questions sur notre vivre ensemble et en cultivant l’esprit critique. Après ont eu lieu les échanges entre les élèves et avec l’animateur du débat sur la créolité réunionnaise, sa définition, son contenu, son histoire, ses atouts, etc.

"Mon péi"

Tout au long de la journée, dans les différentes classes, on a pu constater chez les élèves à la fois la connaissance de leur peuple, de sa culture et de ses richesses, à la fois dans leur diversité, unité et interculturalité. En même temps, on a pu mesurer à quel point ils sont à la fois fiers de leur identité réunionnaise et conscients de leur responsabilité d’avoir à valoriser ses atouts afin de construire eux-mêmes un avenir meilleur pour leur pays qu’ils aiment beaucoup.

Dans cet esprit, ils ont beaucoup apprécié un extrait du DVD réalisé cette année par le grand artiste réunionnais Davy Sicard sous le titre "Mon péi", où il donne la parole à des collégiens, mais aussi à d’autres artistes renommés tels Danyèl Waro, Gilbert Pounia, Bernadette Ladauge etc. ainsi qu’à des chercheurs comme le sociologue Laurent Médéa et l’historien Gilles Gauvin. Dans ce documentaire, les élèves comme les autres intervenants expriment avec force leur créolité réunionnaise, son ouverture à toute l’humanité, leur amour pour leur pays et leur solidarité avec les autres peuples du monde.

« La Réunion nout ti nasion »

Les élèves ont également beaucoup aimé le magnifique CD "Mitri", produit en 2010 par l’Association École Centrale, où l’on entend notamment ces paroles chantées par des enfants de l’école Jean Albany de La Saline dans la chanson intitulée "La Réunion" : « La Réunion nout ti nasion, La Réunion nout ti pays, La Réunion toute coulèr, La Réunion racine nout vie ». En même temps, les collégiens ont donné de nombreux exemples du "maillage" de la créolité réunionnaise, comme par exemple le Dipavali, la Fèt Kaf (fête réunionnaise de la liberté), les actions du Groupe de Dialogue Inter-religieux de La Réunion, etc., qui illustrent l’unité réunionnaise dans sa diversité et l’ouverture de notre créolité.

Sur cette base, une autre problématique a été évoquée dans chaque classe : nou koné kisa nou lé, mé kosa nou fé pou nout péi ? Èske nou konstrui ansanm in sosyété solidèr, ékitab, lib, rèsponsab ? De sacrés défis à relever, auxquels la philo peut contribuer à donner des réponses positives !

Roger Orlu

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