Alon filozofé

Des utopies… aux luttes…

Billet philosophique

Roger Orlu / 17 juillet 2015

‘’Témoignages’’ a déjà rendu compte de la conférence très intéressante tenue le jeudi 9 juillet dernier par le philosophe Yves Paccalet à l’Université de La Réunion sur cette question importante trop souvent mise de côté par les décideurs de la planète : « l’humanité va-t-elle vers sa fin ou quelle sortie de secours peut-elle trouver ? ». Allons poursuivre les réflexions sur les « utopies » exprimées à ce sujet par le conférencier…

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Yves Paccalet à sa conférence du 9 juillet dans l’amphi Élie de l’Université de La Réunion.

La première solution que préconise Yves Paccalet pour sauver l’humanité en danger mortel au cours de ce siècle est celle du « partage » ; un concept qu’il qualifie à la fois de « moral, religieux, social et politique », comme le prône par exemple l’idéologie communiste en faveur d’un partage équitable des richesses. Face aux inégalités et injustices considérables dont souffre la plus grande partie de l’humanité, nous devons avant tout « prendre soin de l’autre » et « mettre en pratique notre capacité de partage », dit-il.

Seconde « utopie » cultivée par Yves Paccalet : celle de « la démocratie du monde », avec la création d’une instance démocratique universelle capable de prendre des décisions légales à dimension mondiale, par exemple contre toutes les formes de pollutions, d’atteintes à l’environnement, de dangers nucléaires, de discriminations sociales pratiquées par les classes dominantes. « Des lois mondiales pour l’égalité des citoyens et le respect des minorités ».

« Devenir tous philosophes »

Dernière « sortie de secours » préconisée par Yves Paccalet : « le sens à donner à notre vie afin qu’elle soit harmonieuse, avec un bonheur à la fois personnel et collectif ». D’où son appel à « devenir tous philosophes, amoureux de la sagesse », en nous interrogeant constamment sur « le sens de notre vie personnelle et collective, à court et à long terme, en sachant qu’être philosophe c’est être démocrate ».

Les échanges avec le public lors du débat de cette conférence à l’amphi Élie ont confirmé la justesse de ces perspectives parfois ironiques mais aussi leur importance et leur urgence. Mais comment passer de ces « utopies », de ces rêves, à la réalité… ?

Non à la passivité

Une réponse réunionnaise à cette question essentielle se trouve dans le livre ‘’Paul Vergès, du rêve à l’action’’ paru en 2007, où la philosophe Brigitte Croisier présente et interroge le co-fondateur du Parti Communiste Réunionnais, pour qui « la passivité est la pire des attitudes ». Cette irresponsabilité est liée à l’assimilation néo-coloniale, du fait que « la décolonisation mentale est la plus longue et la plus difficile qui soit », selon Paul Vergès.

Après les nombreux appels que vient de lancer le pape François durant son voyage en Amérique du Sud à lutter contre les injustices économiques et sociales qui polluent la planète, créant le risque d’une 3e guerre mondiale, on pense à ce rappel du philosophe Karl Marx en 1848 dans le ‘’Manifeste du Parti communiste’’ : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes ». Donc, pour soutenir l’ironie d’Yves Paccalet, disons non à la passivité et faisons le maximum ensemble pour passer des utopies aux luttes…


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