Alon filozofé

Droit au but… contre le totalitarisme de la voiture individuelle !

Billet philosophique

Roger Orlu / 16 octobre 2009

Pour la 3ème semaine consécutive, nous allons jouer au foot… en philosophant. Après avoir profité des réflexions de Lilian Thuram, qui allait « droit au but… contre le racisme ! », puis de celles de Michel Serres, qui allait, lui, droit au but… contre la crise socio-économique et environnementale en prônant des changements [1], cette semaine, nous allons montrer que la philo et le vélo ça marche ensemble pour aller droit au but… contre le tout-automobile et pour une politique des déplacements durable à La Réunion.

Dans quelques années sera réalisé entre Sainte-Marie et Saint-Paul le premier tronçon du tram-train réunionnais, qui devrait plus tard rejoindre d’une part Saint-Benoît dans l’Est et d’autre part Saint-Joseph dans le Sud. Cet équipement sera un élément essentiel du développement durable de La Réunion.
En effet, il créera une partie des conditions fondamentales pour rompre avec le modèle dominant dit de "développement" qui a été imposé de force au peuple réunionnais pendant des décennies par le pouvoir néo-colonial et par ses complices. Il permettra ainsi de contribuer à la transformation des conditions de vie de la population et de les améliorer fortement sur le plan sanitaire, environnemental, patrimonial et social.

Presque tous, tout le temps en voiture

Nous disons bien : "permettra". À condition, bien sûr, que les Réunionnais s’approprient ce moyen de déplacement et de transport pour changer leurs habitudes et se déplacent autrement qu’aujourd’hui. Cette condition est essentielle, sinon on continuera à suivre et à pratiquer le "modèle" mortifère actuel.
Pour cela, une prise de conscience individuelle et collective est indispensable. À savoir qu’actuellement, la plupart des personnes qui disposent d’une voiture l’utilisent presque à 100% pour tous leurs déplacements utilitaires quotidiens, y compris sur les petites distances. Quasiment tous les déplacements pour aller travailler, faire ses courses, voir des amis, etc. se font en voiture si l’on en a une.
Lorsqu’on dit "tous", cela signifie bel et bien que l’on est dans le totalitarisme automobilistique et qu’il ne sera donc pas facile de se libérer d’un tel formatage mental si l’on veut changer de pratique.

Passer d’un à plusieurs moyens de se déplacer

Le tram-train va créer les conditions pour en finir avec ce totalitarisme du tout-automobile et pour aller vers une politique multimodale des déplacements. Autrement dit, on va pouvoir passer pratiquement d’un seul moyen pour se déplacer à plusieurs moyens. Cette diversité et cette liberté permettront d’améliorer notre santé (moins de pollution, plus d’activité physique), de protéger notre environnement naturel et patrimonial, de renforcer nos liens sociaux.
Les responsables de la Région Réunion et de la SR 21, qui sont les porteurs et les réalisateurs de ce projet, ont déjà prévu d’intégrer la construction du tram-train dans le cadre d’un réseau de déplacements multi-modaux et inter-modaux. Ainsi, nous pourrons par exemple nous rendre à la gare à pied, en bus, en taxi collectif ou à vélo et ensuite mettre le vélo dans le tram-train pour l’utiliser à notre arrivée, puis éventuellement le mettre sur un bus ou sur un taxi en cas de besoin, etc.

S’y préparer dès à présent

Mais pour que cela se fasse concrètement et sans problème, il faut dès à présent nous y préparer et nous y entraîner. Nos esprits ont été tellement conditionnés pour utiliser la voiture pour tous les déplacements, qu’il sera difficile de changer d’habitude si l’on ne prend pas conscience de l’importance de la modification de notre façon de nous déplacer chaque jour.
Cela passe par une politique de sensibilisation, d’information et de formation des adultes comme des enfants. D’où l’importance des médias du service public d’information consacré au développement durable, des circuits vélos pédagogiques, comme celui réalisé par la commune du Port à l’entrée du stade Georges Lambrakis, etc.
Bref, les pistes ne manquent pas. C’est à chacun de s’y engager pour contribuer à la décolonisation de nos esprits.

Roger Orlu

* Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! temoignages@wanadoo.fr

[1Veuillez excuser l’erreur de montage commise dans le titre de la chronique de vendredi dernier, où le mot "crise" avait été remplacé par celui de "racisme".


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