Alon filozofé

Èske nou vé antann anou ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 6 mai 2011

Cette semaine, l’association Espace pour promouvoir l’interculturel (EPI), présidée par Reynolds Michel, organise trois conférences-débats dans différentes régions de l’île (la dernière a lieu ce soir à 18 heures au Centre culturel Lucet Langenier de Saint-Pierre), avec Jean-Charles Sacchi sur "Les Droits de l’Homme au défi de la diversité culturelle". La rencontre de lundi dernier à l’Hôtel de Ville de Saint-Denis, consacrée plus particulièrement à "Universalisme, particularisme et Droits de l’Homme", a montré les compétences et la pertinence de ce docteur en philosophie venu de Bretagne, pour qui la pratique philosophique doit être ouverte à tous en tant que réflexion critique, recherche personnelle et collective de la vérité, dialogue avec les autres pour construire ensemble une société humaine. Voilà une bonne idée !

Si la philosophie ne doit pas être réservée à une "élite intellectuelle" mais doit être accessible à tous les citoyens dès leur plus jeune âge et si elle ne doit pas se limiter à une simple "gymnastique intellectuelle" trop souvent incompréhensible mais doit contribuer concrètement à un meilleur vivre ensemble, alors elle a vraiment un rôle important à accomplir dans la bataille pour le respect des droits et de la dignité de tous les êtres humains. C’est une des nombreuses idées très intéressantes qu’a défendues Jean-Charles Sacchi lors de son exposé lundi à Saint-Denis.
Cette idée est d’autant plus intéressante pour les Réunionnais que nous faisons partie de ces peuples de la Terre dont un droit fondamental n’est pas respecté par ceux qui les dirigent : leur droit à être reconnu en tant que peuple, avec tout ce que cela implique. Et si la philosophie à La Réunion doit servir à quelque chose, c’est notamment à favoriser la prise de conscience de ce fait hérité de trois siècles et demi d’histoire, dont les conséquences sont vécues de façon pénible voire dramatique tous les jours par de nombreux Réunionnais.

30 articles non respectés à La Réunion

En effet, nous devons savoir que le non-respect du droit à l’emploi, au logement, à des moyens de vivre décemment, à des services publics pour l’épanouissement de toutes les personnes fait partie de la violation des droits humains dont souffre la majorité de notre population. De même, le non-respect de notre identité culturelle spécifique (avec sa langue, son histoire et toutes les autres richesses de son patrimoine immatériel) s’inscrit dans la violation — par l’État français et ses complices "péi" — des 30 articles de la "Déclaration Universelle des Droits de l’Homme", adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948.
Mais nous devons être conscients que parmi ces trente articles fondamentaux, il y en a au moins un dont le non-respect est une cause essentielle de toutes les autres violations des droits humains dans notre pays. C’est l’article 2, qui déclare notamment : « il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté ».

« L’idéal commun »

Or nous constatons chaque jour à quel point il y a une « distinction » discriminatoire entre les Réunionnais et ceux qui dirigent notre pays au service des plus riches, ici et ailleurs. Cette « distinction » ne respecte pas l’article premier de cette même Déclaration : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».
Dans son préambule, « l’Assemblée Générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’Homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des États Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction ».
Voilà un joli programme à mettre en œuvre pour notre île et le monde, si nous voulons avoir avant tout des comportements humains, c’est-à-dire responsables et solidaires. Èske nou vé antann anou pou fé sa ansanm ?

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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