Alon filozofé

“Est-ce que quelqu’un m’écoute !?”

Billet philosophique

Témoignages.re / 2 mars 2012

Quels enseignements tirons-nous de cette semaine de révoltes à La Réunion, par lesquelles de nombreux Réunionnais, victimes de la politique inhumaine menée dans notre pays, ont exprimé leur ras-le-bol face au pouvoir néo-colonial toujours en place ? Voici quelques propositions pour réfléchir à ce sujet et analyser la situation.

Vendredi dernier, au cours d’un atelier philosophique lors des "classes de ville" organisées au Port sur la question du "sens des sons", un élève d’une classe de cours moyen 2, âgé de 10 ans, a dit clairement quel est le son qu’il préfère entendre en ce moment : « ce sont les révoltes des Réunionnais dans la rue contre la misère pour qu’on les entende ». Et il a été applaudi par tous ses collègues !
Voilà qui illustre un des côtés très positifs de ces émeutes (même si l’on peut aussi y trouver des côtés négatifs) : c’est le niveau d’intelligence et la capacité de résistance du peuple réunionnais, dont il a fait preuve depuis trois siècles et demi, face à toutes les formes d’oppressions et d’injustices, en faisant ce qu’il pense nécessaire pour se faire entendre. D’ailleurs, le premier début de commencement infime de mesures sociales positives annoncées mardi prouve que les révoltés avaient bel et bien raison.

« Ni division, ni trahison, ni répression »

Au cours des dernières décennies, ce combat permanent a notamment été mené par le Parti communiste réunionnais, qui n’a cessé de faire des propositions concrètes, à la fois immédiates et globales, pour bâtir un développement durable, responsable et solidaire. Mais malgré certaines avancées sociales grâce aux luttes populaires soutenues par le P.C.R., ces propositions n’ont pas été prises en compte et appliquées par le pouvoir parisien, car celui-ci ne veut pas remettre en question le système actuel, bien qu’il ne puisse conduire qu’à une explosion sociale.
Devant une telle menace, les dirigeants du P.C.R. ont lancé comme mot d’ordre lors de leur conférence de presse vendredi dernier : « ni division, ni trahison, ni répression ». Et ils ont fait à la fois des propositions pour répondre à l’urgence sociale et construire une Réunion nouvelle, libre, harmonieuse.

Éliminer le communisme réunionnais

Mais face à ces solutions justes, quelle est comme toujours la priorité pour certains politiques et journalistes ? Au lieu d’en être solidaires, c’est diviser, casser, éliminer le communisme réunionnais. Voir à ce sujet ce qu’ils font pour les prochaines élections législatives, où ils sont complices de Sarkozy, qui a décidé de semer la zizanie entre camarades en coupant en deux les trois quarts des communes dirigées par les communistes pour créer deux nouvelles circonscriptions.
Face à ces comportements égoïstes, agressifs, injurieux, non conformes aux valeurs toujours défendues par le P.C.R. et visant à diviser les Réunionnais luttant pour leur libération, notre peuple continue, quoi qu’il en coûte, à se battre avec le P.C.R. et les autres combattants de la liberté. Dans ce combat, ils disent notamment ce que des acteurs ont exprimé en 2007 dans une pièce de théâtre mise en scène par l’artiste Jean-Laurent Faubourg : "Est-ce que quelqu’un m’écoute !?".

Alon batay pou fé ékout anou !

Ce spectacle, créé par une jeune éducatrice sourde et muette, avait pour objectif à la fois de sensibiliser le public aux problèmes des personnes mal-entendantes, mais aussi de nous encourager à nous écouter les uns les autres, à combattre ensemble pour une juste cause, à ne pas rester dans sa bulle… Le message de cette pièce était tellement fort qu’elle a remporté un Prix à un concours de théâtre amateur.
Et comme le montre actuellement chaque matin Jean-Laurent Faubourg sur les ondes de Réunion 1ère en larguant avec talent de nombreux "foutan kréol" dans tous les sens, il y a plein de façons de se faire entendre. C’est ce qu’ont fait les manifestants dans les rues ces derniers jours.
Casser quelques poubelles, voitures ou boutiques peut être dommageable, voire regrettable, mais n’est-ce pas avant tout la conséquence de la casse permanente de la vie de nombreux Réunionnais jetés au chômage, à la précarité, à l’exclusion, à la non-éducation et à la misère ? Alors, qu’est-ce qui est le plus grave ? Et comment le faire savoir à ceux qui nous commandent ? Alors, alon kontinié batay ansanm, min dan la min, pou fé ékout anou !

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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