Alon filozofé

Il n’y a pas d’UNESCO sans philosophie

Billet philosophique

Témoignages.re / 31 juillet 2009

Les six prochaines rubriques "philo" du vendredi dans "Témoignages" seront toutes consacrées à des textes philosophiques de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture). Ces textes sont extraits de "SHS regards", le magazine du Secteur des sciences sociales et humaines de cette instance internationale. (1) À travers ces extraits, nos lecteurs verront que l’on peut donner à la philosophie un contenu non seulement accessible au large public mais également transformateur de la société. Voici donc le premier de ces six textes. Les inter-titres sont de "Témoignages".

L’UNESCO a toujours entretenu des liens étroits avec la philosophie, non pas une philosophie spéculative ou normative, mais un questionnement critique qui permet de donner un sens à la vie et à l’action dans le contexte international.
L’UNESCO est née d’une interrogation sur les conditions de possibilité de faire régner dans le monde, d’une manière durable, la paix et la sécurité : elle est donc une réponse institutionnelle à une question philosophique, celle que posaient déjà l’Abbé de Saint-Pierre et Emmanuel Kant.
Et aussi bien, peut-on dire, elle est elle-même une institution philosophique, puisqu’elle se propose de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples. Soit une finalité qui engage la reconnaissance et la mise en œuvre d’une certaine philosophie du droit, des droits de l’Homme et de l’Histoire universelle, par des moyens qui sont eux-mêmes philosophiques.

Un lieu d’échange et de dialogue

Mais il est préférable de dire que l’UNESCO n’a pas, au sens propre, de philosophie, puisqu’elle se veut le lieu privilégié de l’échange et du dialogue de la pluralité des expériences de la pensée et des cultures du monde.
On dira donc plutôt que l’UNESCO est une philosophie. Et de cette philosophie qu’est l’UNESCO, on peut en faire l’histoire.
Car c’est toujours en s’appuyant sur la mémoire de sa tradition que l’UNESCO a réinventé, dans la fidélité à son Acte constitutif, son présent.
L’une des lectures possibles de cette tradition est justement celle que propose ici Patrice Vermeren, qui décrit la philosophie saisie par l’UNESCO.
Elle a le mérite de nous conforter dans l’engagement qui est le nôtre de revitaliser cette tradition et de contribuer, par tous les moyens possibles, à populariser une culture philosophique internationale.

Un laboratoire d’idées et d’anticipation

Je souhaite que notre Secteur des sciences sociales et humaines soit un véritable laboratoire d’idées et d’anticipation, ainsi qu’un lieu international de la recherche, de la réflexion, de l’échange, de l’élaboration de principes, de normes et de politiques dans les domaines de la prospective, des sciences sociales et humaines, de la philosophie, des droits humains, de l’éthique des sciences et des technologies.
Employons-nous à atteler la puissance des idées afin d’influer sur les transformations sociales.
Sur ce chemin, le "détour philosophique" — j’emprunte ici la belle formulation de Jeanne Hersch dans une étude célèbre qu’elle fit à la demande de l’UNESCO sur les droits de l’Homme d’un point de vue philosophique — s’impose à nous au jour le jour, et aujourd’hui plus que jamais.

Pierre Sané,
Sous-directeur général pour les Sciences sociales et humaines à l’UNESCO.

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(1) Voir le site internet : www.unesco.org/shs/regards


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