Alon filozofé

Kèl loi fransé va komann anou domin ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 19 mai 2017

Allons continuer à tirer des enseignements de la célébration du 10 Mai ces derniers jours, dans la perspective de construire nous-mêmes notre avenir en Réunionnais responsables de notre pays. D’où l’importance, entre autres, des ateliers pédagogiques pour les jeunes organisés à cette occasion à la Maison du Patrimoine de Sainte-Suzanne, avec l’exposition intitulée ‘’Les chemins de la liberté, de l’abolition de la traite négrière à l’abolition de l’esclavage, de 1817 à 1848’’.

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La jeunesse réunionnaise dans les ateliers pédagogiques de la Maison du Patrimoine à Sainte-Suzanne pour célébrer le 10 Mai.

Dans cette exposition magnifique, à voir jusqu’à la mi-juin, sont présentés de nombreux documents historiques très intéressants, qui montrent à quel point nos ancêtres combattants de la liberté ont dû se battre pour changer les lois décidées par le pouvoir colonial à Paris concernant ses colonies. Citons par exemple l’ordonnance du roi de France « enregistrée à Bourbon le 27 juillet 1817 », qui abolit officiellement la traite négrière et « porte sur l’introduction d’esclaves aux colonies mais non sur la traite elle-même, considérée comme un acte de commerce banal » et qui « ne concerne pas les mouvements d’esclaves entre colonies (Maurice, Bourbon, Madagascar) ».

« De plus, il n’y a pas de réparation pour les Noirs victimes. Au lieu d’être renvoyés dans leur pays, leur déracinement et leur servitude sont confirmés, car ils sont maintenus dans les colonies françaises, forcés à travailler pour un nouveau maître : l’État », souligne le document exposé à ce sujet. Voilà de quoi s’interroger sur le sens à donner à la prochaine échéance électorale : celle des législatives des 11 et 18 juin, où seront élus les députés qui vont aller voter à Paris les lois qui s’appliquent à La Réunion.

« Allons nous rassembler »

En tout cas, dans plusieurs cérémonies animées pour le 10 Mai par des associations comme Rasine Kaf, le CRAN, Yambane, etc., des élus comme le dirigeant communiste Maurice Gironcel et des universitaires comme Prosper Ève, Charlotte Rabesahala, etc. ont été exprimés les liens à renforcer avec les esclaves marons par la culture de notre mémoire historique. D’où cet appel de Romuald Barret, membre du CRAN, « à faire vivre la démocratie participative dans notre pays en faveur du pouvoir de décision des Réunionnais face à la colonialité ».

Un appel qui est en phase avec celui d’une autre penseuse réunionnaise, Laurita Alendroit-Payet, qui déclare dans un courrier de lecteurs : « Allons nous rassembler autour de vrais projets qui nous respectent, qui nous entraînent dans le respect de l’autre ». Cela va dans le même sens de l’appel du Parti Communiste Réunionnais pour « le rassemblement de notre peuple en faveur de la responsabilité ».

Cette cause réunionnaise fondamentale

Il se trouve que le président de la République s’est engagé avant son élection le 7 mai dernier dans son programme pour les Outre-mer à « favoriser les évolutions institutionnelles (collectivités uniques, réglementation locale, négociations régionales) » et « aider les collectivités à faire émerger leurs projets ». Dans cet esprit, Emmanuel Macron, pour qui « la colonisation est un crime contre l’humanité », promet de « moraliser et responsabiliser la vie publique, renouveler les élus et les pratiques politiques » pour un « renouveau démocratique ».

Quels députés sortants ont donc fait voter des lois pour faire accéder les Réunionnais à la responsabilité ? Aucun, bien sûr. Et quels futurs députés sont donc déterminés à faire aboutir cette cause réunionnaise fondamentale ? Aux Réunionnais d’en décider les 11 et 18 juin prochains afin de savoir kèl loi fransé va komann anou domin…

Roger Orlu