Alon filozofé

Kisa i fé in kont èk lo dévlopman dirab ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 12 avril 2013

Ce concept, slogan, mot d’ordre et… projet humain qu’est le "développement durable" a une portée universelle depuis sa validation par l’Organisation des Nations Unies en 1987. Mais quel contenu réel lui donne-t-on aujourd’hui à La Réunion et dans le monde ? Qu’en fait-on concrètement ? Et pourquoi n’est-il toujours pas mis en œuvre dans notre pays comme au niveau planétaire ? Voilà quelques questions que l’on peut se poser si nous voulons tirer des enseignements de la 11ème édition de la Semaine du Développement Durable (S.D.D.) chez nous.

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Apparemment, le "développement durable" ("soutenable" en anglais, et donc acceptable, valable, idéal) a un sens tellement subversif, révolutionnaire — car il passe inévitablement par la remise en cause du système capitaliste qui domine notre planète et donc l’humanité —, que les classes dominantes ne veulent pas en entendre parler. Et elles veulent encore moins l’appliquer en refusant de mener une politique dans ce sens, en faveur des plus pauvres et des droits humains.

En effet, rappelons par exemple les six piliers fondamentaux de ce qui serait une telle politique. Autrement dit, pas de développement durable à La Réunion
- sans une économie sociale et solidaire ;
- sans une société équitable et un juste partage des revenus ;
- sans un respect de notre environnement ;
- sans une valorisation de notre identité réunionnaise ;
- sans une gouvernance démocratique réunionnaise ;
- sans un co-développement régional solidaire.

Kosa nou vé fé ansanm pou alé par la ?

Quand on connaît la situation réunionnaise, notre taux de chômage, de pauvreté, d’inégalités, de pollutions, d’assimilation et de négationnisme culturel, de commanderie néo-coloniale etc…, on voit bien dans quelle impasse est bloqué l’avenir de notre peuple. Et l’on comprend que celles et ceux qui profitent de l’apartheid social comme des pouvoirs liés à ce système ne veulent pas changer le mode de "développement" qui nous est imposé depuis 350 ans.

Voilà pourquoi, malgré les projets élaborés depuis des décennies par des forces vives et démocratiques de La Réunion, il n’y a guère de perspectives d’avenir rassurantes pour l’instant. En effet, astèr kisa i fé in kont èk lo dévlopman dirab nout péi é kosa nou vé fé ansanm pou alé par la ?

« Que personne ne soit pauvre »

Pourtant, cette S.D.D. 2013 a montré une nouvelle fois — comme bien d’autres événements tout au long de l’année — que le peuple réunionnais dispose d’un potentiel important pour prendre enfin en mains l’avenir de son pays afin de construire une société harmonieuse et libre. À condition que l’on renforce sans cesse ce potentiel, notamment en nous libérant de l’idéologie dominante, qui cultive la résignation, la division, la compétitivité égocentrique et la soumission aux commandeurs.

Parmi les nombreuses initiatives prises dans toute l’île durant cette S.D.D. et qui illustrent ce potentiel, nous voudrions citer cette « action de création philosophique » menée par le Cercle Philosophique Réunionnais le 4 avril sur l’avenue des Chagos au Port dans le Village Portois du Développement Durable, où des élèves étaient invités à écrire en quelques lignes comment ils voient « une ville idéale ». Et nous ne devrons jamais oublier cette réponse d’une jeune élève d’une classe de cours élémentaire 1 : « Que personne ne soit pauvre ».

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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