Alon filozofé

Kisa i fé in kont èk sa ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 27 novembre 2015

Vu l’enjeu des élections régionales du 6 décembre prochain pour l’avenir du peuple réunionnais, on ne peut pas ne pas se poser des questions sur la signification et les perspectives données à ce scrutin par les candidat(e)s. Prennent-ils en compte les problèmes fondamentaux de notre société ?

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Alice Pélerin et Jean-Philippe Jean-Marie en train de chanter ‘’Rasine kaf, rasine anlèr’’ lors d’une conférence sur les droits de l’enfant dans l’océan Indien.

Dans un appel lancé vendredi dernier par le mouvement Alternatiba Péi en faveur d’une ‘’Marche pour le climat’’ ce dimanche 29 novembre à Sainte-Marie, ces penseurs et acteurs réunionnais pour un autre monde ont cité cette réflexion du philosophe français Edgar Morin : « Aujourd’hui, contre quoi faut-il résister ? Il faut résister contre deux barbaries : l’une que nous connaissons, qui se manifeste par des attentats et les fanatismes les plus divers ; et l’autre, celle de la barbarie du calcul, du fric et de l’intérêt. Tout le monde aujourd’hui devrait résister contre elles ».

À ce sujet, nous allons citer un autre philosophe français, René Girard, décédé le 4 novembre dernier : « Pour comprendre l’histoire actuelle, il faut d’abord regarder en nous tout autant qu’autour de nous. Notre monde est livré à la concurrence dans tous les domaines, à l’ambition frénétique. L’esprit de concurrence, qui l’emporte depuis longtemps dans les rapports au sein des classes dominantes, s’est répandu dans toute la société et, de nos jours, il triomphe plus ou moins ouvertement sur toute la terre. Dans les nations occidentales, il anime non seulement la vie économique et financière mais aussi la recherche scientifique et la vie intellectuelle ».

« Le renoncement aux escalades violentes »

Voilà pourquoi, comme le dit René Girard dans son livre ‘’Celui par qui le scandale arrive’’, « dans le monde où nous vivons, toujours menacé par sa propre violence, dans un univers globalisé, le renoncement aux escalades violentes va forcément devenir la condition sine qua non de la survie ».

Ces problèmes essentiels ont été évoqués ces derniers jours par des Réunionnais lors de diverses rencontres culturelles, comme celles organisées par Amnesty International de La Réunion du 16 au 21 novembre sur le respect des droits de l’enfant dans l’océan Indien, où furent notamment rappelés les drames vécus par les enfants de La Ressource, de l’Ilet à Guillaume et de la Creuse. À cette occasion, la docteure Alice Pélerin a souligné « l’importance de nommer le traumatisme pour le surmonter et le transformer ; cela concerne notre descendance ».

« Les Réunionnais décideurs de leur développement »

Autrement dit, il est important de faire connaître, reconnaître et réparer les crimes commis par les divers systèmes coloniaux qui ont marqué l’histoire de notre peuple depuis 352 ans. Il est important aussi de ne pas ignorer et sous-estimer les grands défis à relever désormais par ce peuple et rappelés dimanche dernier à Saint-Joseph par Paul Vergès devant près de 4.000 personnes lors d’un meeting en faveur de la liste pour une Réunion nouvelle, conduite par Patrick Lebreton. La seule tête de liste qui dénonce « nout l’ékonomi d’kontoir » et qui ce mercredi lors d’un rassemblement à Saint-Paul a souligné qu’« un carcan législatif nous bloque depuis Paris et Bruxelles ; c’est à notre peuple de décider comment il construit le développement de son pays ».
La croissance démographique, le réchauffement climatique, la mondialisation capitaliste, le projet de loi pour changer le statut de La Réunion et créer l’égalité réelle etc…, kisa i fé in kont èk sa ? C’est pourquoi, comme le dit la liste d’Union des Forces de Progrès face aux diviseurs qui collaborent avec les néo-colonialistes, « faisons des Réunionnais les décideurs de leur développement ! ».


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