Alon filozofé

Kisa i fé in konte èk lo dévlopman dirab ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 6 avril 2012

Du 1er au 7 avril, de nombreux Réunionnais célèbrent la traditionnelle Semaine du Développement Durable, avec le soutien d’associations, d’entreprises et d’institutions comme certains établissements scolaires, collectivités et services de l’État tels que la DEAL (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). Mais le drame c’est que cette mobilisation pour tout changer dans notre société et préserver l’avenir de l’humanité en allant ensemble vers plus d’équité, de solidarité, de bon sens et de responsabilité, dont le P.C.R. a souligné l’importance voire le caractère vital (voir "Témoignages" de lundi dernier), est victime d’une grande indifférence de la part du monde politico-médiatique et administratif. Pourquoi cette indifférence, aux effets dramatiques ?

Pour beaucoup de personnes à La Réunion et dans le monde, le concept de "développement durable", officialisé en 1987 par l’instance internationale qu’est l’O.N.U., ne veut pas dire grand chose ; ou alors il a un contenu sirupeux qui ne remet rien en question et il ne mérite donc aucun intérêt. Or c’est précisément parce qu’il nécessite de tout changer que les conservateurs n’en parlent pas et ne font surtout rien pour aller dans ce sens, à savoir : un nouveau modèle de développement réunionnais.
En effet, le développement durable signifie qu’il faut tout transformer ; tout :
• passer d’une économie placée sous la dictature des profiteurs et le totalitarisme du monde bancaire, financier, marchand néo-colonial, sans perspective humaine, à une économie soutenable et solidaire ;
• passer d’une société injuste, inégalitaire, dominée par un "apartheid social" institutionnalisé, à une société équitable et harmonieuse ;
• passer d’un environnement de plus en plus pollué par le système à un respect général et permanent de la nature préservant les atouts de notre bio-diversité ;
• passer de l’assimilation identitaire et culturelle réunionnaise par la domination idéologique hexagonale et l’aliénation mentale parisienne à la reconnaissance et à la valorisation des atouts de notre culture spécifique, incarnée par l’identité de notre peuple ;
• passer de l’ignorance, de la distance et de la concurrence avec les peuples frères de l’océan Indien à un co-développement régional solidaire ;
• passer d’une politique soumise au pouvoir parisien ou bruxellois à une démocratie réunionnaise libre, avec un pouvoir au peuple, dans le cadre d’un partenariat équitable entre les responsables de l’île et ceux de la République française comme de l’Union européenne.

Développement durable et indemnités des élus

Si l’on donne ce contenu idéologique et politique au développement durable, on comprend tout de suite qu’il remet tout en question dans le système actuel et que c’est le seul moyen de garantir un avenir meilleur pour tous. D’où cette interrogation : kisa i fé in konte èk lo dévlopman dirab ? C’est la priorité pour qui actuellement à La Réunion ?
En tout cas, pas pour la bourgeoisie sur-rémunérée, qui profite au maximum de ce système. Dans cette bourgeoisie, il y a notamment le patronat profiteur, les cadres administratifs assistés de luxe et les élus qui empochent des indemnités en plus de leurs autres revenus.
Voilà pourquoi le PCR se veut différent des autres partis politiques et demande à ses élus de reverser leurs indemnités à leur organisation pour soutenir les luttes de libération du peuple réunionnais. Sinon, cela ne sert à rien de se dire "communiste"…

Un des enjeux des élections

Mais il y a aussi des aspects positifs dans notre société. Par exemple, mardi dernier, lorsque le Cercle Philosophique Réunionnais a tenu un stand dans le Village Portois du Développement Durable pour présenter aux enfants des écoles primaires des "trésors philosophiques" de La Réunion et du monde, il a eu le bonheur de recevoir plusieurs dizaines d’élèves, qui ont répondu à ses "devinettes philosophiques" sur le développement durable. Et les réponses pertinentes de plusieurs élèves à ces devinettes prouvent à quel point la jeunesse réunionnaise est capable de se préparer dès le plus jeune âge à bâtir elle-même librement son avenir.
Encore faut-il que les responsables politiques soient d’accord pour prendre les mesures dans ce sens au niveau du système éducatif, des médias, etc. Voilà un des enjeux de l’élection présidentielle dans deux semaines et des législatives en juin, si l’on veut aller vraiment vers un changement de politique…

Roger Orlu

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