Alon filozofé

Kosa i lé in krim kont l’humanité ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 7 juillet 2017

Pou konèt ousa nou sava, i fo nou koné ousa nou sorte é kosa nou vé fé ansanm pou nout lavnir. Tout le monde à La Réunion connaît cette pensée philosophique réunionnaise, partagée avec les peuples du monde entier sur l’importance de la culture de notre mémoire historique pour construire ensemble une société vraiment humaine.

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Abady Egata-Patché, Michel Latchoumanin et Jean-Régis Ramsamy.

Cela a été confirmé avec force vendredi dernier à l’Université de La Réunion, où l’association ‘’Mémoire de Crève-Cœur’’ a organisé une conférence-débat sur le thème : « L’engagisme a-t-il été un crime contre l’humanité ? ». Lors de cette rencontre, son animateur, Jean-Régis Ramsamy, docteur en Histoire, était aux côtés de Michel Latchoumanin, professeur à l’Université, et d’Abady Egata-Patché, auteur d’un livre paru il y a 8 mois environ sous le titre : ‘’L’engagisme a été un crime contre l’humanité’’ (voir ‘’Témoignages’’ du 3 décembre 2016).

En ouverture de la conférence, Michel Latchoumanin a rendu un vibrant hommage à la célèbre philosophe française Simone Weil (1909 – 1943), qui nous dit dans son livre ‘’Écrits historiques et politiques’’ (1960) : « Je n’oublierai jamais le moment où, pour la première fois, j’ai senti et compris la tragédie de la colonisation. […] Depuis ce jour, j’ai honte de mon pays. Depuis ce jour, je ne peux pas rencontrer un Indochinois, un Algérien, un Marocain, sans avoir envie de lui demander pardon. Pardon pour toutes les douleurs, toutes les humiliations qu’on lui a fait souffrir, qu’on a fait souffrir à leur peuple. Car leur oppresseur, c’est l’État français ; il le fait au nom de tous les Français, donc aussi, pour une petite part, en mon nom. C’est pourquoi, en présence de ceux que l’État français opprime, je ne peux pas ne pas rougir, je ne peux pas ne pas sentir que j’ai des fautes à racheter ».

Tous solidaires

Dans cet esprit, Jean-Régis Ramsamy a fait un bel exposé, très détaillé, pour notamment renforcer la prise de conscience de la gravité des souffrances imposées à nos ancêtres par le système colonial français, en particulier à l’époque de l’esclavage et de l’engagisme. Il a aussi souligné l’importance de connaître toutes les luttes que ces ancêtres ont menées pour faire respecter leurs droits et leur dignité ; et l’on peut penser que c’est d’autant plus important que cela peut renforcer la solidarité entre Réunionnais pour être fidèles à ces combats aujourd’hui face aux méfaits dramatiques du régime néo-colonial en place.

Durant le débat qui a suivi cet exposé, plusieurs personnalités ont pris la parole pour exprimer leur soutien au combat pour faire reconnaître par l’État l’engagisme comme un crime contre l’humanité. On peut citer par exemple Abady Egata-Patché, Gilles Sagodira, Paul Canaguy et Michel Latchoumanin, pour qui « nous devons tous être solidaires des victimes des périodes douloureuses de notre histoire ».

Cultiver l’humanisme

Au cours de ce débat a aussi été rappelée l’œuvre accomplie dans ce sens pendant une dizaine d’années par l’historien et responsable politique réunionnais Sudel Fuma en réalisant avec des personnalités comme Paul Vergès ‘’la Route de l’esclave et de l’engagé dans l’océan Indien’’. Citons enfin cet autr
e rappel : la déclaration le 17 mars dernier en Algérie de l’actuel président de la République française contre « la colonisation, un crime contre l’humanité ».

La conclusion que nous pouvons tirer de ces échanges très intéressants c’est que même si l’on ne peut pas assimiler et confondre tous ces crimes, au-delà de leur diversité ils ont un point commun : c’est la violation des droits humains et de la dignité humaine envers des personnes. Voilà pourquoi on les désigne comme des crimes contre l’humanité afin que les valeurs humaines et les Droits de l’Homme (voir la Déclaration universelle du 10 décembre 1948) soient respectés en cultivant l’humanisme.

Roger Orlu


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