Alon filozofé

Kosa i vé di :
"èt bon" ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 24 août 2012

Une abonnée de "Témoignages", « amie de la philosophie », nous a proposé, dans la continuité du "billet philo" de la semaine dernière consacré au refus de la haine, d’approfondir la problématique de la bonté, en posant la question : kosa i vé di "èt bon" ? Et elle nous a suggéré de citer à ce propos des extraits d’un livre d’Albert Schweitzer, le célèbre philosophe, théologien, médecin et prix Nobel de la Paix, né en 1875 en Alsace et décédé dans son hôpital de Lambaréné au Gabon en 1965.

Nous profitons de cette idée pour d’abord vous rappeler que le 26 septembre prochain à Lespas Leconte de Lisle (Saint-Paul), Gaston Lotito, enseignant, président de l’association ROIS (Réunion Océan Indien Solidarité) et auteur d’un livre intitulé "L’Utopie d’Albert Schweitzer", présentera la vie et l’œuvre de ce grand humaniste. Une conférence marquée notamment par des extraits de documentaires et suivie d’un débat.
Dans son livre "Souvenirs de mon enfance", publié en 1926, Albert Schweitzer rappelle plusieurs événements très intéressants qui ont marqué sa jeunesse et l’ont aidé à prendre conscience des comportements que nous devons avoir si nous voulons assumer nos principales responsabilités : celles d’êtres humains au service de l’humanité. Et cet idéal, qu’il a découvert dès son enfance, Albert Schweitzer appelle les adultes à faire en sorte qu’il « s’incorpore si bien à vous que la vie ne puisse vous le ravir ! ».

Vive la débonnaireté

Voilà pourquoi, en conclusion de son ouvrage, il écrit : « À notre époque, où la violence, sous le masque du mensonge, occupe, plus menaçante que jamais, le trône du monde, je n’en reste pas moins convaincu que la vérité, l’amour, l’esprit pacifique, la douceur, la bonté sont les forces supérieures à toute forces. C’est à elles que le monde appartiendra, pourvu qu’un nombre suffisant d’hommes gardent dans leur âme et pratiquent dans leur vie, avec pureté et constance, l’esprit de charité, de vérité, de paix et de douceur ».
Quelques lignes plus loin, Schweitzer met en avant ce concept de « la débonnaireté », qui, « au contraire de la violence », « agit par des moyens simples et continus », « se fortifie elle-même en suscitant la bonté. C’est pourquoi elle constitue la force la plus intense et la mieux appropriée ». Il nous appelle donc toutes et tous à être des « débonnaires » le plus et le mieux possible car « toutes les semences de bonté qu’un homme répand dans le monde lèveront un jour dans le cœur et la pensée des autres hommes ».

« Se détacher de soi »

Quatre-vingt six ans ans après la parution de ce livre, où en est la violence dans le monde d’aujourd’hui et à La Réunion ? Que faisons-nous pour privilégier la débonnaireté et donc la solidarité, l’entente, la fraternité pour faire vivre la justice, l’égalité et la liberté ?
Au moment où sur la planète l’essentiel des dépenses — au profit des plus riches et au détriment des plus pauvres — est consacré aux armements et à la publicité, les pensées et les actions des plus débonnaires sont ignorées, évacuées, méprisées par les médias dominants, qui « envoient des missiles dans notre subconscient », comme cela est rappelé dans le film "Un autre monde est possible", réalisé par la jeune rappeuse Keny Arkana. Si nous voulons donc cultiver la bonté plutôt que la haine, pensons à cette idée émise par Alexandra, une jeune philosophe française d’origine africaine, dimanche dernier lors d’un café-philo place de la Bastille à Paris : « On doit toujours savoir se détacher de soi ». C’est cela la culture du bien commun.

Roger Orlu

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