Alon filozofé

L’importance du combat pour l’interculturalité

Billet philosophique

Roger Orlu / 30 juillet 2010

Un ami nous a fait parvenir un article de Florence Noiville paru le 9 juillet dernier dans “Le Monde des Livres” sous le titre “Force de dissuasion littéraire”. Nous publions ci-après de larges extraits de cet article très intéressant, dans la continuité de nos “billets philo” consacrés à la lutte contre le racisme et au combat en faveur à la fois du respect de la diversité culturelle réunionnaise et de la valorisation de notre unité identitaire. Un combat qui va dans le sens de celui mené à La Réunion par des associations comme l’Espace pour promouvoir l’interculturalité, présidée par Reynolds Michel, mais aussi à l’Île Maurice, comme le montre cet article. Un article qui confirme l’importance de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise…

Ça pourrait être une devise latine : « si vis pacem para librum ». Si tu veux la paix, si tu souhaites dépasser les antagonismes brutaux et approcher la complexité du monde, alors lis, compare, relativise, évite de foncer tête baissée dans le premier conflit venu. Oui, les Anciens ont tous dit cela. Le rôle civilisateur de la littérature est une idée très vieille et très banale.
Bien moins banal en revanche est l’effort qui consiste à la mettre en pratique. C’est ce qu’a entrepris J.M.G. Le Clézio avec sa Fondation pour l’interculturel et la paix qu’il a basée sur l’île Maurice et qui, avec le soutien des Nations Unies, lance ses premières actions.
Pourquoi implanter un projet si ambitieux sur ce minuscule confetti de l’océan Indien ? L’île du Chercheur d’or n’est-elle pas celle du brassage, où le moindre chauffeur de taxi, né de mère musulmane et de père hindou, étudie en anglais, converse en français ou en créole et s’excuse de sa maîtrise imparfaite du mandarin ? « Ce pays peut sembler infime par sa taille et son pouvoir économique, mais il est vaste par l’expérience, explique le Prix Nobel qui a aussi la nationalité mauricienne (son père, médecin, était né dans l’ex-colonie britannique). Comme la plupart des îles à sucre colonisées, il a connu tous les drames de l’histoire, sauf un qu’il ne saurait envier aux grandes nations, la guerre ». Comme Glissant, Le Clézio pense que « les îles ont cent ans d’avance sur les sociétés continentales en matière de rencontre inter-ethnique et religieuse ». Mais leurs modèles sont fragiles. Les émeutes liées à la mort du chanteur Kaya (1999) montrent bien que « la poudrière peut détoner à tout instant ».
Et c’est là que les livres entrent en jeu. « Ils sont le levier de l’éducation interculturelle, une formation fondée sur la lecture des textes de l’autre et sur l’apprentissage de ses mythes », explique le linguiste et sociologue Issa Azgarally, pilier de la Fondation et auteur de “L’Interculturel ou la guerre” (2005). Pour cela, quoi de mieux, par exemple, qu’une anthologie des contes fondateurs de toutes les ethnies pour intérioriser dès l’enfance les représentations du voisin ? Une malle aux livres — des fictions de toutes les aires culturelles — tourne déjà dans les écoles primaires, alimentée par les éditeurs de Le Clézio, dont Grove Atlantic et Gallimard, et accompagnée de panneaux mobiles sur l’identité. (…)
« Ce projet peut paraître naïf, convient Le Clézio, mais j’y crois fort. L’interculturel n’est pas un luxe d’intellectuel, c’est une nécessité pour échapper à la violence et à l’enfermement communautaires ». S’il réussit dans son laboratoire de Port-Louis, Le Clézio exportera ses expérimentations — « La Corée du Sud est intéressée, pourquoi pas la France ? La planète est notre île à tous... ». S’il réussit, il aura inventé la force de dissuasion littéraire.

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


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