Alon filozofé

L’interculturalité réunionnaise progresse

Billet philosophique

Roger Orlu / 20 août 2011

À La Réunion, il existe une association, présidée par l’ancien prêtre Reynolds Michel et intitulée “Espace pour promouvoir l’interculturalité” (E.P.I.), qui se consacre depuis plusieurs années à une tâche militante très importante pour la libération de notre peuple : valoriser la diversité et l’unité de la culture réunionnaise. Le mercredi 10 août dernier, le Cercle philosophique réunionnais a apporté sa contribution à ce combat, en organisant un café-philo à Saint-Denis sur le renforcement de l’interculturalité réunionnaise.

Tout est parti de la grande réussite populaire de la dernière édition de la fête de Guandi, célébrée avec faste du 21 au 24 juillet. Cette réussite a été marquée à la fois par la participation massive de la population aux diverses conférences, manifestations et cérémonies organisées à cette occasion, par la diversité du public et par le contenu donné par les organisateurs à cette célébration.
En effet, de nombreux Réunionnais de toutes origines ancestrales ont participé à cette fête, et les diverses associations organisatrices ont souligné la vision réunionnaise qu’elles souhaitaient lui donner, même si, évidemment, l’honneur rendu à Guandi et à ses valeurs est d’abord lié historiquement aux richesses de la culture chinoise. Et comme l’a par exemple déclaré l’industriel réunionnais Alex How Choong, investi dans les associations culturelles chinoises de l’île, « aujourd’hui, notre attachement à La Réunion est plus fort que tout, nous sommes des Réunionnais d’origine chinoise, pas des Chinois vivant à La Réunion ».

Résister

Lors de ce café-philo, tous les participants ont témoigné que cette vision réunionnaise et non pas "communautariste" de nos cultures ancestrales n’a jamais cessé de progresser depuis des dizaines d’années dans tous les domaines. C’est devenu une conception de plus en plus partagée par les personnes qui constituent le peuple réunionnais, quelles que soient leurs racines culturelles, leurs pratiques religieuses, leurs préférences artistiques, gastronomiques, etc.
Il ne faut jamais oublier que pendant des siècles, une bonne partie de ces cultures ancestrales ont été rejetées, méprisées, voire interdites de s’exprimer par les diverses autorités civiles ou religieuses dominantes. Mais les Réunionnais victimes de ces injustices ont eu beaucoup de courage et de détermination pour résister à ce traitement inégalitaire, discriminatoire et souvent raciste à leur égard.

De nouvelles illustrations

Ce combat uni et solidaire pour l’égalité de nos cultures et pour le respect de l’identité réunionnaise a porté ses fruits. Il n’y a qu’à voir, par exemple, comment aujourd’hui sont célébrés le 20 Désanm, le Dipavali, Ati-Damba, El-Kébir, etc., alors qu’autrefois, ces grandes fêtes populaires étaient mises de côté, voire ignorées par le système en place.
De plus en plus de Réunionnais se retrouvent dans ces événements, s’y reconnaissent, aiment y rencontrer leurs sœurs et frères créoles pour en partager les valeurs humaines. La réussite de la célébration de l’Année d’Élie, la préparation d’une grande Semaine créole en octobre prochain ou encore la très chaleureuse rencontre interreligieuse de jeudi dernier à l’Ashram du Port (voir "Témoignages" du samedi 13 août) sont de nouvelles illustrations de cette résistance réunionnaise aux tentatives de division de notre peuple et au mépris de notre identité spécifique.

« Sa mèm nout nasyon ! »

Certes, comme cela a été dit lors de ce café-philo, nous sommes encore loin d’avoir bâti la société équitable et harmonieuse que nous voulons. Les discriminations sociales et ethnoculturelles, les injustices, le non-respect des droits fondamentaux du peuple réunionnais et notamment des plus pauvres, les souffrances physiques et mentales d’un grand nombre de personnes, les visions "communautaristes", l’aliénation culturelle liée à l’assimilation gauloise, la gouvernance néocoloniale, etc., tout cela fait encore bien trop de dégâts.
Il est donc indispensable de nous unir pour pérenniser et renforcer cette résistance réunionnaise afin de continuer à enrichir notre interculturalité (les liens unitaires entre nos diverses cultures) et notre intraculturalité (ces diverses cultures que nous ressentons en chacun de nous). « Sa mèm nout nasyon ! », comme disent de plus en plus d’artistes, de militants culturels et de citoyens de base, ouverts au monde et sans donner un contenu "nationaliste" à cette proclamation.
En toute logique, cet échange s’est terminé par la lecture d’extraits d’un poème d’Alain Lorraine, ce grand écrivain et journaliste réunionnais qui a consacré toute sa vie à soutenir les luttes du peuple réunionnais pour sa libération et pour qui, « ici chaque famille est un résumé du monde ».

Roger Orlu

(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! redaction@temoignages.re


Kanalreunion.com