Alon filozofé

La clé de l’institutionnel

Billet philosophique

Roger Orlu / 23 juin 2017

Vendredi dernier, lors du ‘’Patio des auteurs’’ à la Bibliothèque Départementale de La Réunion, les célèbres écrivains, acteurs et militants culturels réunionnais que sont Anne Cheynet et Alain Gili ont présenté à leurs compatriotes de larges extraits de l’un des ouvrages d’un grand écrivain argentin, Roberto Arlt (1900 – 1942). Leur prestation a donné lieu à réfléchir sur les problèmes de notre société et sur les moyens de les résoudre…

JPEG - 55.1 ko
Anne Cheynet et Alain Gili au ‘’Patio des auteurs’’ le 16 juin 2017.

Roberto Arlt, présenté comme « l’un des écrivains majeurs de l’Argentine » et qualifié de « progressiste », exprime avant tout « son intérêt pour les changements sociaux » à travers « la quête de bonheur d’un humilié ». Dans son œuvre, il « clame la nécessité de la libération par l’action » en évoquant notamment les problèmes de « la ville inhumaine », du « sens du travail » et de « l’aliénation ».

Dans le texte proclamé par Anne Cheynet et Alain Gili, Roberto Arlt prône « la lecture du Manifeste Communiste », la solidarité avec « les milliards de prolétaires exploités » et « l’importance de l’information ». Après avoir cité des philosophes comme Aristote et Marx, l’écrivain se pose aussi la question : « Est-ce que la littérature transforme l’humanité ? » ; et il conclut en plaidant coupable : « Je suis un bourgeois égoïste, ma société cultive l’égocentrisme ».

La culture de la philo

D’où l’importance de la culture de la philosophie pour transformer notre société. Et à ce sujet, dans ‘’Le Quotidien de La Réunion’’ de jeudi dernier, nous avons vu cette bonne nouvelle : à l’occasion de la célébration de son 40e anniversaire en présence de grands artistes comme Firmin Viry et Tikok Vellaye, le collège Hubert-Delisle à Saint-Benoît a signalé qu’il « avait déjà innové il y a quatre ans en instaurant les débats philosophiques à vision éducative ».

Il s’agit d’« une heure de discussion hebdomadaire autour d’un thème (‘’Peut-on être libre et respecter des règles ?’’, ‘’Pourquoi suis-je sur terre ?’’), qui permet aux élèves de ‘’vider leur sac’’ et d’évoquer leurs problèmes dans et en dehors de leur établissement, tout en apprenant à débattre et argumenter ». Et le principal du collège souligne les résultats positifs de cette culture de la philo : « Auparavant, on avait trois bagarres par jour dans la cour ; aujourd’hui, l’ambiance de travail est beaucoup plus sereine ».

« Un débat fondamental »

Il est donc indispensable d’enseigner la philosophie aux marmay à l’école dès le plus jeune âge, comme le préconise l’UNESCO à tous les États, afin de cultiver la responsabilité citoyenne. Et la responsabilité réunionnaise (kisa i désid kosa
dan nout péi ?) devient la clé de la réforme institutionnelle mise en avant par de plus en plus d’organisations politiques comme de la société civile.

Nous citerons à ce sujet le Dr Bruno Bourgeon, président de l’Association Initiatives Dionysiennes, pour qui « avec plus de 51 % d’abstention (en France), et près de 75 % à La Réunion, le premier tour des élections législatives confirme, si c’était nécessaire, l’urgence qu’il y a à changer radicalement nos institutions. Il est important que toutes les forces de gauche restent mobilisées pour construire une force d’opposition et de proposition qui, si elle ne pourra se faire entendre à l’intérieur de l’Assemblée, devra être présente à l’extérieur. Nous ne pouvons laisser le gouvernement monopoliser la vie politique. Il faut y réfléchir tous ensemble et décider tous ensemble. Tous, ce sont les Insoumis, les (vrais) Écologistes, les Socialistes fidèles au progrès social, les Communistes encore convaincus, les démondialiseurs et les objecteurs de croissance, les NuitDeboutistes et tout autre qui se réclame d’un partage des richesses. Ce sera un débat fondamental de la rentrée ».

Roger Orlu


Kanalreunion.com