Alon filozofé

« La haine tue »

Billet philosophique

Témoignages.re / 20 mars 2015

Dans les trois prochains numéros de cette chronique, nous publierons des réflexions parues dans la revue ‘’Africultures’’ suite aux attentats tragiques survenus en France en janvier dernier. Ainsi, sous le titre « La haine tue. Avis aux femmes et aux hommes de raison... », cette revue a publié le 11 janvier dernier un texte du poète D’de Kabal quelques jours après ces tragédies. En voici de larges extraits.

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D’de Kabal.

Certains des mots que je lis depuis quelques jours me heurtent, me blessent, et j’ai l’intime sentiment qu’ils heurtent et blessent insidieusement l’ensemble des habitants de la France. Pour le coup, le chaos ambiant ne se fait pas dans la discrimination, toutes les couches sont atteintes et les dégâts sont et seront conséquents. ?Les mots abattent des murs et élèvent les consciences, ce n’est plus à mettre en débat. ?Ce qui n’est plus à mettre en débat non plus, c’est que les mots peuvent tout aussi bien nuire et détruire.? Abîmer et soumettre.

Il y a aussi une guerre des mots que nous ne devons pas perdre. Nous devons commander les mots, ce ne sont pas les mots qui nous commandent. Ces mots-là sont jetés en pâture aux tout-venants sur nos réseaux sociaux et ailleurs. Ailleurs, on peut les mettre en débat. Où sont passées notre vivacité d’esprit, nos facultés d’analyse ? Sommes-nous condamnés à vociférer notre bile et nos glaires en mettant encore et encore l’Autre en accusation ?

Je n’ai pas peur

Je suis sensible à la façon dont ceux qui s’indignent ont choisi de résister ; on ne tue pas des gens parce qu’ils ne pensent pas comme vous, on ne peut pas tuer des journalistes sans que le peuple réagisse ; vous ne pourrez pas tuer cette voix, elle sera encore plus entendue.

Être en accord ou non avec son contenu, pour moi n’est pas la question ; des personnes ont été exécutées, justement à cause de son contenu, et c’est totalement inacceptable. Inacceptable. Totalement. Car voilà ce dont il s’agit : résister à la terreur.
Donnons à chacun et tous le droit de s’indigner et de choisir le manteau qui habillera cette indignation. L’humilité face à la condescendance, nous en avons besoin, plus que jamais. Quand le chaos fait que la terre tremble, on ne donne pas de leçon, on écoute, et on prend la mesure de la détresse des siens. Chacun doit pouvoir entendre que les armes de résistance sont multiples.
Je n’ai pas peur parce que je sais que la violence ne surgit pas comme ça de nulle part. Je sais que les conflits armés sont les enfants malades d’adultes avides de pouvoirs et experts en confusionisme.

Surtout digne

Je sais que quand on finance des guerres sur différents points du globe, quand on fait du business de la mort un business fructueux, à un moment ou à un autre la violence, elle, vient frapper à notre porte. C’est une erreur de croire que les violences médiatiques, verbales, sociales, économiques, militaires, politiques et policières ne font pas de petits. C’est une erreur de croire que les violences sont stériles. Elles ne le sont pas, elles enfantent. Elles enfantent la mort.

Ceux qui, au sein de leur foyer, tiennent le discours selon lequel un bon musulman est un musulman mort, ceux-là sont le placenta dans lequel est déjà en train de grandir un fœtus de haine, et nos réseaux sociaux sont le liquide amniotique dans lequel baigne ce fœtus. Et leurs enfants meurent déjà aussi. Parce que la haine tue.

Chers frères et chères sœurs de lutte, il va falloir être fort, très fort… Et surtout digne.


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